Le futur n’est pas une poubelle

Publié le par evergreenstate

Le futur n’est pas une poubelle



Source : La Croix 19/05/09

Le futur n’est pas une poubelle
« Un problème sans solution est un problème mal posé. » L’essai de Corinne Lepage porte en épigraphe cette parole d’Einstein. Et pour cause. L’ancienne ministre de l’environnement, avocate renommée pour ses combats en faveur de l’écologie, démontre qu’il y a des remèdes à la crise et qu’il est tout à fait possible de vivre autrement, non seulement individuellement mais collectivement, pour autant que l’on pose bien le problème de la crise. Corinne Lepage fait partie du camp de ceux, de plus en plus nombreux, considérant que la crise économique actuelle n’est pas de même nature que les précédentes.

Cette crise est l’agonie d’un monde qui appelle croissance ce qui « constitue, en réalité, une décroissance permanente et exponentielle de notre capital naturel, car non seulement nous détruisons bien au-delà de ce qui se reconstitue, mais de surcroît nous gaspillons les ressources que nous surutilisons. Nous sommes donc dans un système de destruction et non de conservation de ce capital, autrement dit de décroissance naturelle extrême. » Ainsi le PIB d’un pays peut croître quand sa richesse patrimoniale décline. Il n’y a d’ailleurs pas mieux qu’une bonne catastrophe pour susciter des flux financiers et donc faire remonter le PIB. Cela est possible parce que l’économie ne sait pas compter : elle met dans la colonne des recettes ce qui relève des dépenses. Elle hypothèque l’avenir en accumulant les dettes, en pillant et épuisant les ressources, en polluant les milieux, au point de faire du futur « la poubelle du présent », selon l’expression du philosophe Daniel Innerarity.
Longtemps critiqués pour être des oiseaux de mauvais augure, les écologistes ont depuis quelque temps la sensation d’avoir rendez-vous avec l’histoire : cette fois, l’économie ne peut plus faire l’impasse de l’écologie. Corinne Lepage veut être première à ce rendez-vous. Elle ne se contente donc pas de dénoncer le système. Vivre autrement est un mode d’emploi pour sortir du bourbier. Mais attention, précise l’auteur : il ne s’agit pas seulement de prôner une croissance verte en plantant trois éoliennes et en pratiquant le covoiturage. Il faut utiliser les grands mots, ceux de paradigme ou de civilisation, pour donner une idée de l’ampleur du changement.

Néanmoins, pour construire cette société durable, nombre de solutions et d’outils sont déjà à portée de main, pour autant qu’on les sorte de la marginalité. Et Corinne Lepage de lister des séries d’exemples qui fleurissent tout autour de la planète, qu’il s’agisse de microcrédits, de fonds éthiques, de réforme fiscale, d’aménagement urbain, de valorisation du patrimoine naturel, d’organisation d’entreprises, de modes de vie et de déplacement, etc. De ce point de vue, Vivre autrement est une bouffée d’air frais, une brise d’optimisme. Reste qu’au-delà des initiatives prometteuses, on se demande encore d’où viendra la lame de fond qui entraînera la roue du changement. Corinne Lepage en convient : on joue, sur fond de crise, à quitte ou double.

M. V.

VIVRE AUTREMENT de Corinne Lepage
Grasset, 166 p.,

Publié dans société

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