Que valent les maisons bio

Publié le par evergreenstate

 
 

  • Que valent les maisons bio
    de constructeurs ?

    Les maisons de demain seront vertes ou ne seront pas. Mais peut-on déjà se lancer dans l'écoconstruction ? État des lieux en cinq points.

    • POURQUOI CONSTRUIRE AUTREMENT ?

     


     

    À lui seul, le bâtiment représente 43 % de la consommation d'énergie française et le quart des émissions de CO2. Pas étonnant que le Grenelle de l'environnement mise gros sur l'évolution des modes de construction pour réduire la facture écologique. Et les évolutions devront se faire rapidement. Avec la nouvelle réglementation thermique (RT 2005), entrée en vigueur en 2007, la consommation maximale autorisée pour les logements a été fixée entre 80 et 250 kWh d'énergie primaire par mètre carré et par an, alors que la moyenne actuelle est encore de 330 kWh. Et en 2012, il faudra la ramener à 50 kWh, avant de basculer dès 2020 vers des maisons à énergie positive, produisant plus d'énergie qu'elles n'en consomment.

    «Le calendrier est bien trop serré, estime le secrétaire général de la Fédération française des constructeurs de maisons individuelles, Rodolphe de Saint-Hilaire. Les normes récentes sont à peine respectées et on nous demande d'avancer à marche forcée alors que les filières ne sont pas prêtes. Au final, l'acheteur supporte d'importants surcoûts.» De son côté, l'Union des maisons françaises (UMF), qui regroupe 600 marques de maisons, a choisi d'adopter une démarche plus volontariste. «Le bâtiment doit jouer un rôle moteur et carburer à l'écologie», confirme son président, Christian Louis-Victor. L'UMF incite ses adhérents à faire figurer des bâtiments basse consommation dans leurs catalogues et organise tous les ans un challenge des maisons innovantes où la catégorie «maison du Grenelle» prime les plus écolos. L'occasion de faire émerger dès maintenant des modèles en brique ou à ossature de bois qui remplissent déjà les critères obligatoires dans dix ans.

    • UNE MAISON ÉCOLO, C'EST QUOI ?

    En avance sur son temps, cette maison est plus respectueuse de l'environnement, de ses occupants, et moins gourmande en énergie que les modèles standards. Pour Patrick Nossent, président de l'organisme certificateur Céquami, qui gère notamment les normes «maison HQE» et «maison basse consommation», ces labels offrent à tous les interlocuteurs (acheteurs, assureurs, constructeurs, banques et pouvoirs publics qui subventionnent) les meilleures garanties de qualité et d'efficacité. Ils prennent notamment en compte plusieurs facteurs environnementaux (retombées du chantier, gestion de l'eau…), mais se préoccupent encore assez peu du choix des matériaux. La Maison du bon sens, de Maisons Phénix (groupe Géoxia), est ainsi construite à base de béton et d'acier et vante 80 % d'économies d'énergie potentielle. «Je prends soin de ne pas parler de maison écologique, mais plutôt écorespectueuse», reconnaît volontiers Jacques Goudeau, directeur marketing de Geoxia.

    Thierry Loechleiter, directeur de Maisons Prestige, une PME alsacienne qui se distingue par ses modèles écolo, pointe, lui aussi, les limites des matériaux écologiques. Cet adepte du bio propose bien en option des huiles et peintures écologiques à ses clients, mais il ne va pas beaucoup au-delà. «Nous manquons encore de recul sur la durabilité de bon nombre de ces produits, explique-t-il. Dans ces conditions, difficile de concilier produits écolo et label de qualité.»

    • COMBIEN ÇA COÛTE ?

    L'échelle des tarifs traduit bien la diversité des approches. La Maison du bon sens a largement contribué à populariser le concept de maison peu gourmande en énergie à bon prix. Tarif de référence : 125 000 € pour 100 m2, une note plutôt serrée, sachant que le coût moyen des 190 000 maisons qui se construisent chaque année s'établit à 120 000 € pour une surface moyenne de 110 m2. Mais l'initiative est loin d'être unique. Avec un modèle à l'allure tout à fait traditionnelle construit à Valence, Maisons France Confort vient de décrocher un prix écologique. Proposée à 188 000 € pour 140 m2, elle se distingue par son isolation et son chauffage très performant. Encore moins cher, Serge Dassault, associé à l'architecte Philippe Assié, promet pour sa part de commercialiser, fin 2009, des maisons en bois clés en main répondant aux normes BBC. Déclinées en deux modèles de 86 et 116 m2, elles sont annoncées à 72 000 et 84 000 €.

    Cela ne doit pas faire oublier les projets bien plus onéreux. Témoin, ce chantier qui vient de démarrer en plein Paris, place Denfert-Rochereau. Réalisée par un cabinet d'architecte, la «maison 14» sera la première demeure écologique parisienne à répondre à l'intégralité des 14 critères de la démarche HQE. Coût de l'opération : 2 millions d'euros hors terrain pour 550 m2 habitables.

    • QUELS POINTS FAUT-IL SURVEILLER ?

    «Avant toute chose, il faut faire effectuer un diagnostic thermique et s'assurer que la maison sera adaptée au terrain, au climat et à son environnement», rappelle l'architecte bordelais José Martins qui compte plusieurs réalisations vertes à son actif. Avant les ­éléments tape-à-l'œil (capteurs solaires, toit végétalisé…), ce qui compte, c'est le respect des principes bioclimatiques. Un nom savant qui n'est qu'un rappel de bon sens trop longtemps oublié : profiter au maximum du soleil, limiter les ouvertures au nord, épouser la forme du terrain et privilégier les formes simples : en cube, ou en version plus étalée et de plain-pied dans les régions chaudes.

    L'isolation et la ventilation doivent être très soignées. Au programme : fenêtres en triple vitrage, isolation par l'extérieur et soin particulier apporté aux ponts thermiques, ces jonctions de murs, particulièrement avec la toiture, par où la chaleur s'échappe. Seul le label BBC (et ses cousins Minergie et Passivhaus) garantit l'étanchéité réelle de la maison mesurée par une machine soufflante. C'est ensuite la ventilation à double flux (air frais entrant, air vicié sortant) qui optimise les échanges d'air avec l'extérieur. Revers de la médaille, on est prié de ne plus ouvrir les fenêtres à la saison fraîche.

    • CELA VAUT-IL CE SURCOÛT ?

    C'est là tout le débat. Le surcoût généralement admis de la maison écologique tourne autour de 15 %. Les plus optimistes descendent à 10 %, voire moins grâce au cumul d'aides nationales et régionales, tandis que les plus exigeants grimpent rapidement à 20 %. Même si l'on peut faire miroiter un retour partiel sur investissement grâce aux économies d'énergie, le compte n'y est pas pour les plus petits budgets. D'ailleurs, sur un marché de la maison individuelle en baisse de 23 % l'an dernier, ce sont les modèles à petit prix qui ont le moins reculé. «Il faut se mettre dans la peau d'un primo-accédant face à un banquier qui rechigne à lui accorder son prêt, estime Rodolphe de Saint-Hilaire. Il ne pourra pas envisager cette ­rallonge pour une maison écolo.» Du côté des Maisons Phénix, on est également discret sur les ventes réelles de la Maison du bon sens.

    Les constructeurs qui visent une clientèle plus aisée se font moins de souci. En Alsace, Maisons Prestige compte bien commercialiser les neuf maisons de son écohameau à énergie positive avant la fin de l'année. Vendus de 350 000 à 450 000 €, ces pavillons labellisés BBC disposeront d'un garage commun recouvert de panneaux photovoltaïques. «Nos autres modèles BBC affichent un surcoût de 18 000 à 20 000 €, explique le directeur, Thierry Lœchleiter. Or, les aides spécifiques auxquelles donne droit l'achat de ce type de maison sont d'un montant supérieur.» Selon lui, entre confort d'utilisation, économie d'énergie et plus-value future à la revente, l'acheteur y trouve son compte. L'avenir nous dira si le marché est déjà mûr pour la maison verte.

Publié dans urbanisme

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