Joseph Stiglitz : "Nous n'avons pas de système économique de rechange...Ce que nous vivons n'est pas seulement une crise du système financier, mais une crise de détérioration des richesses en g

Publié le par evergreenstate

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"Ce que nous vivons n'est pas seulement une crise du système financier, mais une crise de détérioration des richesses en général." Interrogé dans "Le Monde des livres" sur LCI, vendredi 16 janvier, à l'occasion de la réédition de son livre Un autre monde : contre le fanatisme de marché (Livre de poche, 2008), l'économiste américain Joseph E. Stiglitz, Prix Nobel d'économie (2001), professeur à l'université Columbia, a dénoncé l'hypocrisie du système financier américain qui, appuyé sur une dérégulation maximale des flux financiers, déresponsabilise les acteurs économiques, déséquilibre les rapports entre l'Etat et le secteur privé, et contribue à appauvrir plus qu'à enrichir les pays où règne le fanatisme du marché. D'où, selon lui, la nécessité d'inventer un système fondé sur de nouvelles valeurs.
M. Stiglitz a été chargé, début 2008 par le gouvernement français, de présider une commission visant à définir de nouveaux indicateurs de richesse. Il indique qu'il devrait remettre ses premières conclusions au cours du premier trimestre 2009. "Ce que nous allons souligner, c'est la nécessité de prendre en compte la durabilité du développement et de la croissance, afin de ne pas surestimer la santé des économies", dit-il.
La commission proposera "toute une série de réformes basées sur la prise en compte d'indicateurs liés non plus au seul PNB [produit national brut] mais à la soutenabilité de la dette, à la qualité des services publics, à l'état sanitaire des populations, aux performances en terme d'environnement...". "Nous essayons d'intégrer des valeurs qui ne mesurent pas seulement les biens matériels, dit-il, mais il n'y a pas de panacée et tout cela va prendre du temps, ça fait trop longtemps qu'on ferme les yeux sur ces problèmes."
"LES INÉGALITÉS, UN PROBLÈME SOCIAL, MAIS AUSSI UN PROBLÈME DE FLUX ÉCONOMIQUES"
Que se passera-t-il une fois passé le gros de la tempête actuelle ? Les pays touchés connaîtront-ils une vraie reprise ? "Je crains qu'on ne se dirige vers une situation de malaise à la japonaise, indique M. Stiglitz. Parce qu'il persiste des problèmes fondamentaux, en particulier celui des inégalités. Les inégalités ne sont pas seulement un problème social mais aussi un problème de flux économiques : ceux qui pourraient dépenser de l'argent n'en ont pas et ceux qui en ont ne le dépensent pas. La façon dont nous avons 'réglé' le problème ces dernières années était de permettre à ceux qui sont en bas de l'échelle d'emprunter toujours plus, mais ce système n'était pas viable. Aujourd'hui ce modèle s'est effondré, mais nous n'avons pas de solution de rechange sur le plan économique. Nous n'avons pas de nouveau modèle qui permettrait à l'économie de se développer de manière robuste et véritablement durable."

Publié dans économie

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