"Il faut considérer le littoral comme un continuum et non une mosaïque", par Isabelle Autissier

Publié le par evergreenstate





 
 


"Il faut considérer le littoral comme un continuum et non une mosaïque", par Isabelle Autissier
LE MONDE | 25.04.09 | 14h46  •  Mis à jour le 25.04.09 | 16h06

l y a plusieurs façons de prendre le problème (rappelons que notre groupe 1 du Grenelle de la Mer, traite de "La délicate rencontre entre la terre et la mer"). Nous pourrions nous interroger sur l'état de santé des différents espaces : naturels, portuaires, urbanisés, agricoles, aquacoles... Nous pourrions établir un bilan et des perspectives des activités comme la protection des biotopes, la conchyliculture, l'urbanisation, le tourisme. Cela reviendrait à nouveau à segmenter et, au mieux, à tenter d'arbitrer entre des préoccupations légitimes et souvent contradictoires, à nous réfugier dans un découpage qui isole chaque métier, oppose les initiatives et se traduit par une nuée d'organismes aux acronymes barbares, compétents certes, mais géographiquement redondants, voire concurrents.

 

 

Nous partons sur un chemin transversal. C'est peut-être l'avantage de n'avoir pas de temps à donner à chacun des 50 participants pour égrener ses pratiques et ses attentes. Aujourd'hui, nous essayerons d'établir un diagnostic, si possible partagé.

"Connaissance" était le sujet qui revenait le plus dans notre tour de table, il y a quinze jours. Essayons-nous à l'exercice.

Certes, l'un pointe des lacunes concernant les données sur le corail, l'autre des insuffisances sur le plancton, un troisième le délaissement de la taxonomie, science fondamentale et les crédits toujours insuffisants, mais tous s'accordent sur la trop faible coordination des organismes, des disciplines, sur le manque de réseau, d'indicateurs partagés, de circulation de l'information, de concordances entre l'empirique et le scientifique, de retours vers les utilisateurs. Mais aussi sur le manque de vulgarisation et de suivi. Bref ce n'est pas tant la quantité ou la qualité de la connaissance qui pèchent que leur croisement et leur partage.

En écoutant les participants et en griffonnant des notes ce matin, j'entoure une expression qui me plaît : "peuple de la mer". Au-delà d'une poétique floue qui pourrait être un brin populiste, il y a une réalité que beaucoup ici expriment et que, en langage plus technocratique, on appelle intégration.

Le littoral, plus généralement le fait maritime, nous impose une multitude de géographies, de lois d'évolution, d'écosystèmes et d'activités qui ont fait notre richesse, mais que nous transformons en faiblesse en le sectorisant à outrance.

Toutes les autres approches que nous avons décidé de traiter : la pollution, les paysages et la culture, les risques naturels, la dimension typiquement marine des estrans, lagunes et récifs coralliens, la valorisation du service écologique, les ressources contribuant au développement économique, toutes nous renvoient à cette transversalité.

Lorsqu'on en arrive à l'impact des bassins versant, cette solidarité entre l'amont et l'aval que beaucoup appellent de leurs voeux, on voit bien que cette transversalité s'étend loin jusqu'au coeur de la France. Si nous voulons vivre durablement sur et par le littoral, il va bien falloir le considérer comme un continuum plutôt qu'une mosaïque et le traiter comme tel."


Première femme à avoir réussi un tour du monde à la voile en compétition, la navigatrice Isabelle Autissier est vice-présidente du groupe du Grenelle de la mer consacré à "La délicate rencontre entre la terre et la mer". Pendant toute la durée de ces travaux, qui devraient s'achever au début de l'été, elle livre au Monde, chaque fin de semaine, son journal de bord. Celui-ci n'engage qu'elle-même, et aucunement les autres participants.


Isabelle Autissier
Article paru dans l'édition du 26.04.09

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