Développement durable. Les neuf urgences d’une révolution tranquille (archive)

Publié le par evergreenstate

 

Développement durable. Les neuf urgences d’une révolution tranquille

 

Par Philippe Le Bé

Le monde autrement Les pistes pour vivre mieux sans détruire la Terre sont nombreuses. En voici neuf. Pour commencer.
 

 

C’est donc la crise. Le moment idéal pour refaire le monde. Et, surtout, pour le réparer. Car il ne faut pas se leurrer: une fois la récession derrière nous, plus rien ne sera vraiment comme avant. Après le tsunami financier, le tsunami climatique, autrement plus sérieux, pointe son nez à l’horizon. Dès lors, plutôt que de se jeter à la mer, dont le niveau monte inexorablement, mieux vaut faire travailler ses neurones. Positivement. Voici neuf idées à développer en accéléré dès 2009.


01
Des prix intégrant les coûts sociaux et environnementaux.
La croissance démographique, la raréfaction des ressources naturelles et les graves atteintes à l’environnement rendent indispensable une gestion sobre de nos moyens. «Plus que jamais, il est nécessaire que les prix reflètent la réalité des coûts environnementaux et sociaux. Ne pas le faire, c’est prendre le risque de voir resurgir des guerres d’un autre âge, pour la conquête des terres et des ressources», estime Corinne Lepage, vice-présidente du Mouvement démocrate de François Bayrou, en France. A ce régime, le prix des billets d’avion low cost prendraient de l’altitude, de même que celui des produits fabriqués par des travailleurs asiatiques ou africains payés au lance-pierre. Aujourd’hui, le prix du carbone commence à être intégré dans les produits, notamment par la mise en place du système bonus-malus applicable en France aux véhicules neufs, selon leur impact sur l’environnement. En Suisse, Robin Cornelius a mis au point un site de traçabilité à l’intérieur des vêtements Switcher afin de visualiser chaque étape de leur fabrication. La vérité des prix passe par la transparence des processus de production.


02
Des banques pour des projets de développement durable.
Promoteurs immobiliers, financiers et industriels ne peuvent espérer s’épanouir et faire des affaires sans se soucier de l’utilité de leurs projets pour le développement humain et de leur impact sur l’environnement. Un conseil de sages composé notamment de représentants d’associations reconnues et de représentants du monde du travail devrait décider de l’octroi des crédits bancaires, aux côtés des banquiers. La Banque alternative suisse, qui privilégie les investissements responsables, devrait être la norme et non l’exception, dans le monde bancaire helvétique.


03
Davantage de coopératives et de fondations.

En rapprochant offre et demande de capital, les marchés boursiers permettraient aux entreprises de se financer et d’investir. En fait, constate l’économiste Bernard Maris, la Bourse ne sert pas vraiment à l’accumulation de capital. Sur une année, elle évacue davantage d’argent qu’elle n’en reçoit. La distribution de dividendes et les rachats d’actions destinés à valoriser ces dernières font de la Bourse une institution globalement perdante. Par ailleurs, la crise financière a montré que l’estimation boursière des entreprises n’avait plus rien à voir avec leur valeur réelle. Les comportements irrationnels l’emportent toujours plus souvent sur le bon sens. Loin de cette foire d’empoigne, maintes sociétés s’épanouissent sans se remettre en question tous les trimestres, sous la dictée d’actionnaires obnubilés par la rentabilité à court terme. C’est le cas des coopératives (Coop, Migros, Mobility, banques Raiffeisen, La Mobilière, etc.), dont les membres n’ont droit qu’à une seule voix, quel que soit le nombre de parts sociales qu’ils détiennent. Le pouvoir y est exercé démocratiquement. C’est encore le cas de certaines sociétés aux mains de fondations, comme Rolex qui appartient à la Fondation Wilsdorf et dont l’excellente santé n’est plus à démontrer. Quant à la Bourse, si vraiment on y tient, elle doit retrouver sa vocation première d’intermédiaire entre investisseurs et entrepreneurs devenus partenaires.

 

 

04
Vivre dans une maison positive.

Construite avec des matériaux d’origine vivante ou naturels, la maison positive stocke du carbone dans ces derniers, ce qui est favorable au climat. Cette maison produit plus d’énergie que les besoins de ses occupants, en valorisant les flux de chaleur et de lumière naturels. Cette électricité est vendue au réseau, ce qui génère un revenu pour ses habitants. Ses biomatériaux peuvent être réutilisés et recyclés. Avec ses toitures ou murs partiellement couverts de végétaux, elle nettoie son environnement. Edifiée en tenant compte des ressources, du climat et de la topographie locaux, elle redonne de la diversité aux styles de construction, donc de l’identité et du sens aux territoires. Enfin, les compétences requises pour sa fabrication en font un moteur de relance économique. Ainsi, son bilan est six fois positif: pour le climat, l’énergie, les ressources, la santé, la diversité et l’emploi.*

05
Des technopôles de l’environnement.
La nouvelle approche du développement durable s’appuie non seulement sur des technologies mais aussi sur des méthodes. Concernant les énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse, déchets solides ou liquides considérés comme une nouvelle ressource, etc.), il convient de faire travailler ensemble les détenteurs de plusieurs technologies, si possible en partenariat public-privé. Fort de ce constat, la société lausannoise Granit présidée par l’entrepreneur visionnaire Alain Jenny a créé, avec le canton de Vaud et la Confédération, un «cluster environnement et énergies renouvelables de Suisse occidentale». Situé à Orbe, ce technopôle aide les entreprises à franchir la redoutable barrière du marché: il permet la réalisation de lignes pilotes industrielles, voire de productions industrielles de petites tailles. Il a tissé des liens privilégiés avec une douzaine de centres de recherche universitaires suisses et un réseau international de partenaires.


06
Des réseaux de transport hautement efficaces.
Il s’agit d’autoroutes au bitume photovoltaïque ou couvertes de panneaux solaires, qui produisent de l’électricité sur lesquels circulent des véhicules aux consommations réduites de carburant, quel que soit celui-ci (agrocarburants, air comprimé, électricité, hydrogène, gaz, essence…). Autour de ces routes, les terre-pleins de sécurité sont cultivés afin de produire de la biomasse énergétique ou des agrocarburants. Ainsi, le bilan énergétique net d’un kilomètre de ces routes – la différence entre l’énergie consommée par les véhicules et l’énergie produite par les cellules électriques ou la photosynthèse – devient positif. Et conduire ne veut plus dire détruire. Le transport positif de demain repose sur des réseaux multimodaux. Lesquels combinent bicyclettes, véhicules individuels et transports collectifs de manière optimale. Il utilise des véhicules efficaces avec une diversité de moteurs. Pourquoi vouloir à tout prix – et quel prix! – être propriétaire de son véhicule? Développée à grande échelle, la formule de l’autopartage est une solution confortable et économique.*


07
Promouvoir des technologies accessibles aux plus démunis.
L’innovation n’est pas nécessairement liée à une haute technologie complexe et onéreuse. La société américaine Envirofit l’a bien saisi. En partenariat avec des industriels, elle fournit aux pays du Sud des cuisinières individuelles non polluantes ainsi que des systèmes à installer sur les moteurs des deux roues pour diminuer plus des trois quarts de leurs émissions de monoxyde de carbone. En effet, en Asie du Sud notamment, chaque véhicule à deux roues pollue autant que cinquante automobiles modernes. Par ailleurs, on estime à 1,5 million le nombre de personnes dans le monde qui meurent intoxiquées à l’intérieur de chez elles par les émanations de leur cuisinière déficiente. De la même manière, les fours solaires, robustes et rustiques, permettent de remplacer bois ou gaz pour préparer (en journée) les meilleurs plats.*


08
Préserver la santé au lieu de soigner la maladie.

Prévenir plutôt que guérir. L’adage est connu, mais sa mise en pratique laisse franchement à désirer. Comme le relève Patrick Négaret, directeur d’une caisse d’assurance maladie en France, «les médecins sont rémunérés à l’acte, donc sur la base de soins prodigués. Cela ne les incite pas à faire de la prévention. Résultat, tout le monde tire à guichet ouvert sur le remboursement des soins et le système va à la faillite.» La remarque vaut pour la Suisse. Préserver la santé, cela passe par une hygiène de vie, avec une nourriture saine et équilibrée, de préférence biologique, un comportement adéquat et notamment des postures ainsi qu’une activité physique régulière. De nombreuses médecines vont dans le sens de la prévention, de manière efficace et peu onéreuse: acupuncture, chromopuncture, réflexologie, etc. En plus de leur effet régulateur énergétique, elles enseignent les bons comportements. Idéalement, nous ne devrions payer notre médecin ou thérapeute que lorsque nous sommes en bonne santé. Et ne rien lui devoir quand survient une maladie non détectée à temps.*


09
En finir une fois pour toutes avec le PIB.

Le produit intérieur brut (PIB) qui mesure l’enrichissement d’une nation est devenu un indicateur dépassé. Et, pourtant, il continue de servir de référence. D’une part, le PIB comptabilise des fausses richesses: plus il y a d’accidents de voitures, plus cela donne du travail et des salaires aux médecins, mécaniciens, assureurs, pompes funèbres, etc. D’autre part, il n’intègre pas toutes les activités non monétarisées fort utiles à la société: aides aux familles, aux personnes âgées, manifestations culturelles de toutes sortes, actions de dépollution (contre les marées noires, par exemple), etc. Comme le souligne la sociologue Dominique Méda, il est grand temps d’intégrer au PIB des domaines comme la violence, la participation démocratique, la dispersion des revenus et des patrimoines, la qualité des services publics, le logement, l’environnement et les temps consacrés au transport.
 
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