La mer monte, la Bretagne les pieds dans l'eau (archive)

Publié le par evergreenstate

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jeudi 30 octobre 2008

La mer monte, la Bretagne les pieds dans l'eau


En Bretagne, les spécialistes s'inquiètent de voir le niveau de la mer monter en divers points du littoral, comme ici, en presqu'île de Gâvres, dans le Morbihan. : Patrick Guigueno

À Saint-Malo, le sommet mondial sur le réchauffement climatique sonne l'urgence. La montée du niveau des mers concerne aussi les côtes bretonnes.

Au printemps, la Bretagne a été victime d'une tempête qui a causé des dégâts sans précédent le long des côtes. Le 10 mars, la mer a gagné du terrain sur l'île de Sein (Finistère), mais aussi dans la presqu'île de Gâvres (Morbihan) et au pied des cordons dunaires d'Audierne et de Keremma (Finistère).

Une tempête de plus ? Pas seulement. Les spécialistes réunis depuis hier, à Saint-Malo, pour le sommet mondial des régions sur le climat, s'inquiètent de voir le niveau de la mer monter en divers points du littoral breton. Car c'est bien le réchauffement de la planète qui est en cause. Sous l'effet conjugué de la dilatation des océans et de la fonte des glaces, la mer sort de son lit.

3 mm par an à Brest

« L'activité humaine a considérablement accéléré ce phénomène », témoigne le géographe breton Gérard Lebahy, coauteur du livre Le littoral agressé (Ed. Apogée). « L'homme est responsable, le réchauffement observé au cours de ces trente dernières années n'a rien à voir avec des cycles naturels », confirme Stéphane Hallegatte, chercheur à Météo-France.

Et on le sent en Bretagne. À Brest, par exemple, jusque dans les années 90, le niveau de l'eau montait de 1,5 mm par an en moyenne. Depuis, les observations ont été revues à la hausse, avec 3 mm par an. « À la fin du siècle, l'élévation du niveau de la mer pourrait atteindre 1,20 m, alors qu'on tablait sur 40 à 60 cm il y a quelques années », assure Gérard Lebahy.

La Bretagne paraît un peu moins exposée grâce son relief maritime, mais les effets se font déjà sentir. « À Damgan, à l'embouchure de la Vilaine, un couple a vu son terrain réduit de 6 m brutalement. La tempête de mars a été un révélateur, il a fallu ces événements pour que les gens prennent conscience de la vulnérabilité de nos côtes », constate le géographe.

L'habitat menacé

Selon lui, les conséquences de cette montée du niveau de la mer sont déjà prévisibles. Dans certains endroits du sud de la Bretagne, l'habitat construit trop près de l'eau est menacé. « Et ce ne sont pas les enrochements artificiels qui régleront les problèmes. » En baie du Mont Saint-Michel, les anciens marais aujourd'hui asséchés pourraient ne pas résister à ce raz-de-marée silencieux, tout comme certains ports où l'eau envahit régulièrement sur les quais.

Peut-on espérer faire machine arrière, arrêter la course du réchauffement climatique ? Trop tard, d'après les spécialistes qui surveillent le thermomètre de la planète. « Pour le siècle à venir, on pourra infléchir un peu le phénomène mais pas l'arrêter », estime Stéphane Hallegatte. « À l'avenir, ce sera à l'homme de s'adapter à son milieu et non l'inverse », considère Gérard Lebahy. Et quand le géographe se penche sur l'horloge du climat, les décennies s'écoulent très vite. « La fin du siècle, c'est tout proche de nous. La mer qui monte trop haut, nos enfants la verront sans doute. »

Olivier BERREZAI.

Le sommet mondial s'achève ce jeudi, à Saint-Malo, avec la signature d'un programme pilote. Il permettra à une cinquantaine de Régions du sud, grâce au financement des Régions du nord, de mettre en oeuvre leurs propres plans climat territoriaux.
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