Le patriotisme économique chinois inquiète les industriels étrangers (archive)

Publié le par evergreenstate

Le patriotisme économique chinois inquiète les industriels étrangers

Raidissement idéologique ou simple ajustement des réglementations à un moment où la Chine

exprime sa volonté de garantir une plus grande indépendance de son développement économique ?

Les industriels étrangers se posent tous la question après une série de signaux laissant penser que

Pékin semble décidé à les accueillir moins volontiers qu'avant.

Certains d'entre eux ont récemment connu en Chine des déboires. Le groupe financier américain

Carlyle n'a pas pu racheter la majorité des parts de la société de matériel de construction Xugong

après que le "deal" eut été bloqué par Pékin. Arcelor-Mittal a été forcé de différer une prise de

participation dans le sidérurgiste Laiwu. L'américain Goldman Sachs attend encore une approbation

pour racheter le groupe agroalimentaire Shineway.

Même chose pour le français Alstom qui pensait pouvoir prendre une participation de 51 % chez son

partenaire Wuhan Boiler, un fabricant de chaudières. Enfin, le français SEB n'a toujours pas réussi à

prendre le contrôle du leader chinois de l'autocuiseur Supor, et a fait face au déclenchement d'une

campagne de presse hostile orchestrée par ses concurrents.

Un amendement de la loi de 2003 sur les fusions et acquisitions permet désormais de rejeter l'une

ou l'autre si elle menace la "sécurité économique nationale".

"Il s'agit plus d'une inflexion que d'un changement de cap", tempère un observateur étranger des

questions économiques, basé à Pékin. "Mais, ajoute-t-il, il est vrai que les procédures se sont

alourdies et que davantage d'incertitudes pèsent sur l'issue de projets jugés sensibles."

"Certains entrepreneurs étrangers ont le sentiment d'être traités de manière différente que leurs

concurrents chinois et d'être soumis à des contrôles plus sévères et plus fréquents. Ils ont parfois

l'impression que la loi est la même pour tout le monde, mais que certains doivent la respecter plus

que d'autres...", analyse Miguel Ceballos, conseiller commercial de la délégation de la Commission

européenne.

FIN DES AVANTAGES FISCAUX

Mais dans les rangs des cercles dits de la "nouvelle gauche", un mouvement qui, de l'intérieur,

pousse le gouvernement vers plus de social et de "patriotisme économique", certains n'hésitent pas

à avancer des arguments de type nationaliste. "Trop de présence étrangère dans les entreprises

publiques peut mettre en danger la sécurité économique et nuire à son développement", s'est ainsi

insurgé en 2006 Ji Baocheng, président de l'Université du peuple de Pékin.

Le professeur Yang Fan, de l'université du droit et des sciences politiques, explique de son côté,

depuis son appartement ultramoderne de la banlieue de Pékin : "Si on compare l'économie à un

corps, les Chinois doivent avoir non seulement du muscle, mais aussi du cerveau et du coeur. Et il

ne faut pas que ces derniers partent aux Etats-Unis. Il n'y a pas de raison que la Chine devienne un

simple atelier fabriquant des pièces détachées à des étrangers ne nous fournissant pas leur "know

Spyworld mardi 27 mars 2007

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how" !"

Et d'ajouter : "Il est tout à fait possible d'imposer un certain niveau de protectionnisme dans les

secteurs du nucléaire, de l'aéronautique, de la recherche et du développement. A l'avenir, je pense

que c'est au Parti communiste de reprendre le contrôle du rythme de l'évolution de l'économie..."

S'agit-il là d'un combat d'arrière-garde de factions du Parti en perte de vitesse, mais qui bénéficient

d'une certaine popularité chez tous ceux estimant par ailleurs que le "miracle économique" a jeté les

bases d'un système de plus en plus inégalitaire et socialement injuste ?

Certains, chez les étrangers de Pékin, le pensent et refusent de s'alarmer. Comme ce responsable

d'une entreprise française qui explique : "La Chine vient de décider que tout le monde sera taxé de

manière équitable ; auparavant, les entreprises étrangères ne payaient que 15 % d'impôts sur les

bénéfices, les Chinois étaient imposés à 33 %. Désormais, tout le monde est logé à la même

enseigne : 25 %. Mais ça ne signifie pas que les étrangers vont cesser d'investir ! Il faut simplement

regarder les choses en face : la Chine change et a moins besoin qu'avant des investisseurs

étrangers..."

Même son de cloche chez Frank Desevedavy, associé au cabinet Adamas : "La tendance est ici à la

poursuite de l'ouverture, pas à la fermeture. Et si les étrangers ne bénéficient plus d'avantages

fiscaux, je trouve ça positif car ça va créer des conditions plus saines de concurrences. Et cela

permettra aux Chinois de collecter l'impôt de manière plus sérieuse et systématique chez leurs

compatriotes !..."

En attendant, les étrangers commencent à se mobiliser pour vanter le fait que, eux aussi, contribuent

à la réussite économique de l'Empire : l'ambassade d'Allemagne, en parrainage avec la délégation

de la Commission européenne, vient d'inventer un slogan, sous la bannière duquel des investisseurs

vont pratiquer des opérations portes ouvertes de leurs entreprises afin de mieux se faire connaître.

Son nom : "Nous aussi, nous sommes chinois !"

Post-scriptum : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-888384,0.html

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