Climat : la France sur la défensive face à Bruxelles (archive 2008)

Publié le par evergreenstate

Climat : la France sur 
la défensive face à Bruxelles

De notre correspondant à Bruxelles Pierre Avril
21/01/2008 | Mise à jour : 08:39 |
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La centrale de Dampierre-en-Burly (Loiret). La France, dont 41 % de la production énergétique provient du nucléaire, aimerait faire reconnaître le rôle de celui-ci dans la baisse des émissions de CO2.
La centrale de Dampierre-en-Burly (Loiret). La France, dont 41 % de la production énergétique provient du nucléaire, aimerait faire reconnaître le rôle de celui-ci dans la baisse des émissions de CO2. Crédits photo : Laurent GRANDGUILLOT/REA

Certaines mesures du «Grenelle» sont insuffisantes par rapport à celles qui vont être préconisées cette semaine par la Commission européenne.

Trois mois après avoir défendu sa «révolution» écologique lors du «Grenelle de l'environnement», la France se retrouve sur la défensive face aux objectifs de lutte contre le changement climatique préconisés par la Commission européenne. Mercredi 23 janvier, l'exécutif européen demandera à chacune des 27 capitales, dont Paris, de respecter ses engagements, pris en mars 2007, de réduire en moyenne de 20 % d'ici à 2020 (par rapport à 1990) ses émissions de gaz à effet de serre et de porter à 20 %, à la même échéance, la part des énergies renouvelables dans la consommation européenne totale d'énergie (8,5 % aujourd'hui).

«Nous savions depuis le début que transformer l'Europe en une économie à faible émission de carbone n'est pas une tâche aisée. Mais c'est le moment d'être sérieux, cohérents et responsables face à nos engagements», a déclaré José Manuel Barroso, le président de la Commission. Plusieurs dispositions du projet de directive, dont les négociations devraient être finalisées sous la présidence française, fin 2008, risquent d'outrepasser les efforts consentis dans le cadre du «Grenelle». D'autres mesures retenues dans le cadre de cette enceinte sont ignorées, voire contestées par Bruxelles. Nicolas Sarkozy, qui a demandé à José Manuel Barroso de ne pas «pénaliser inutilement les perspectives de croissance», s'inquiète.

 

Menaces de délocalisations

 

Ainsi, les quotas de CO2 susceptibles d'être échangés par les industriels sur le marché du carbone (ETS), aujourd'hui alloués gratuitement par la Commission à chaque État membre, seront désormais payants. Ils seront attribués, non plus sur une base nationale, mais communautaire. Actuellement, la distribution de certificats d'émission se fait de manière trop généreuse (133 millions de tonnes en France entre 2008 et 2012), ce qui paralyse le marché du carbone, expliquent les experts : le prix du CO2, autour de 21 euros la tonne, est trop faible. Selon le projet de Bruxelles, la totalité des quotas devront, d'ici à 2020, être mis aux enchères. Pour les producteurs d'électricité, cette obligation serait même avancée à 2013. Des secteurs, aujourd'hui épargnés, comme l'aviation, la pétrochimie, les producteurs d'ammoniac ou d'aluminium, devront payer. Les industriels craignent que cette nouvelle réglementation serve les intérêts des économies émergentes, comme la Chine, non soumises aux mêmes obligations. Le patron du chimiste Rhodia menace de délocaliser ses activités.

Par ailleurs, la France craint que la Commission ne lui demande d'augmenter sa production d'énergies renouvelables, au-delà des objectifs fixés lors du «Grenelle» (20 % de la consommation totale d'ici 2020, contre 10 % aujourd'hui). «Un point de plus au-delà de 20 % représente l'équivalent d'un milliard d'euros», souligne un diplomate français. Pour satisfaire un objectif aussi ambitieux, ajoute cette source, la France pourrait être contrainte d'acheter ses quotas de renouvelables dans des pays tiers, au risque d'accroître sa dépendance énergétique. Ce serait le cas avec le Brésil, gros producteur de bioéthanol. «Avec ses importantes surfaces agraires, son ensoleillement ou son vent, la France est le pays européen qui possède le plus gros potentiel d'énergies renouvelable», rétorque l'eurodéputé Verts luxembourgeois, Claude Turmes, spécialiste du climat.

Enfin, dans le document de la Commission, on ne trouvera nulle trace de la taxe carbone dont Nicolas Sarkozy avait prôné l'instauration à l'issue du «Grenelle». Celle-ci, qui s'appliquerait aux produits importés de pays tiers ne respectant pas le protocole de Kyoto, serait contraire aux obligations commerciales contractées par l'Europe dans le cadre de l'OMC. Au mieux, le sujet sera de nouveau débattu lors de la prochaine décenie

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