Corinne Lepage: «L’esprit du Grenelle a disparu»

Publié le par evergreenstate

Corinne Lepage: «L’esprit du Grenelle a disparu»

INTERVIEW

A l'occasion de la journée de l'environnement, l'ancienne ministre, tête de liste du MoDem aux européennes, analyse les efforts faits par la France pour réduire les dommages causés à la planète.

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Recueilli par ALEXANDRA SCHWARTZBROD

Corinne Lepage, avocate et ancienne ministre de l'Environnement.

Corinne Lepage, avocate et ancienne ministre de l'Environnement. (Reuters)

Corine Lepage a été ministre de l’Environnement d’Alain Juppé. Elle est aujourd’hui tête de liste du MoDem dans le nord-ouest pour les élections européennes. En cette journée mondiale de l’environnement, elle analyse les efforts faits par la France pour réduire les dommages causés à la planète.

Cela vous inspire quoi cette journée de l’environnement ?

Faire une journée de l’environnement c’est bien. Yann Arthus-Bertrand va nous sortir un très beau film pour l’occasion, OK. Mais la réalité est tout autre. Je suis heureuse de voir que l’économie verte fait son chemin, mais très inquiète aussi des dérives que cela entraîne.

Je note à la fois une grande prise de conscience des gens qui, dans des conditions économiques difficiles, font ce qu’ils peuvent pour s’adapter et modifier leurs modes de consommation, et aussi une tentative incroyable des multinationales de récupérer le sujet.

Je vois là trois dangers: que les entreprises sélectionnent les technologies à développer non pas en fonction de ce qui est le plus intéressant pour la planète, mais en fonction de ce qui est le plus profitable pour elles; que cela se fasse sur le dos de tout ce que le développement durable suscite dans les PME en termes de dynamisme et d’innovation; et surtout que l’on passe à côté de la signification de la crise actuelle qui est bien globale et non pas purement économique et financière.

Concrètement, qu’est-ce qui vous fait craindre ça ?

Le nucléaire, par exemple. J’ai très peur que l’atome soit en train de tuer tout le reste. On ne peut pas à la fois investir dans deux EPR et développer les énergies renouvelables! On ne peut pas à la fois balancer beaucoup d’électricité sur le marché et dire qu’on va faire des économies d’énergie! On continue à fonctionner avec un cheval et une alouette. Les engagements initiaux de Sarkozy, c’était 1 milliard d’euros pour le nucléaire, 1 milliard pour les renouvelables. Aujourd’hui, on est davantage autour de 10 milliards pour le nucléaire et 300 millions pour le solaire!

Mais le Grenelle de l’environnement, vous en faites quoi ? C’est une réalité, non ?

Je sais que Grenelle 1 va être voté courant juin mais ce n’est qu’une loi de programme. L’important, c’est Grenelle 2 qui ne passera qu’à l’automne et ne sera voté qu’après le budget. J’ai donc des interrogations. D’autant que Jean-Louis Borloo (le ministre de l’Ecologie, ndlr) est très sur la réserve. On ne l’entend pas beaucoup.

Quand on regarde les plans de relance français, en termes d’économie verte, c’est très faible. La Chine, elle, va consacrer plus de 200 milliards de dollars aux renouvelables, les Etats-Unis 165 milliards, la Corée du Sud 45 milliards! Nous, le plan solaire, c’est 300 millions!

Et, sur le plan auto, on n’a pas mobilisé tout ce qu’on aurait pu mobiliser. Où est, par exemple, la conditionnalité sur la voiture propre ? Pour moi, l’esprit du Grenelle a disparu. Je pense que c’est dû à la conjonction de la crise économique, de la montée en puissance des grands industriels sur le sujet, et surtout du pouvoir de l’UMP qui a une culture incompatible avec tout ça.

On sent bien qu’il y a un recadrage politique en ce moment dans le domaine de l’écologie, et la possible arrivée d’Allègre au gouvernement s’inscrit là-dedans. Les préoccupations écologiques sont passées au second plan. Témoin, l’engagement du premier Ministre pour un circuit de Formule 1.

Que faudrait-il faire, concrètement, pour donner un signal fort en faveur de l’environnement ?

Trois choses: lancer un nouveau plan de relance consacré à l’économie verte; se montrer un peu plus sérieux dans les messages de pub, en d’autres termes mettre de l’ordre dans le greenwashing. Enfin, faire un vrai bilan économique, social et sociétal des différents scénarios énergétiques possibles pour la France.



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