Les nanotubes de carbone aussi nocifs que l'amiante ? (archive)

Publié le par evergreenstate

  • Les nanotubes de carbone aussi nocifs que l'amiante ?

    Marc Mennessier
    22/05/2008 | Mise à jour : 08:35 |
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    Trois études montrent que ces nouveaux matériaux dont l'usage est amené à se généraliser présentent un risque pour la santé.

    Pas question de refaire, avec les nanomatériaux, les mêmes erreurs qu'avec l'amiante. Massivement utilisée dans le bâtiment et l'automobile pour ses propriétés isolantes et ignifuges jusque dans les années 1990, cette fibre naturelle est responsable de 90 000 décès chaque année dans le monde dus à des cancers broncho-pulmonaires ou de la plèvre (mésothéliome).

    Or les nanotubes de carbone, véritables emblèmes de ces nouvelles technologies de l'infiniment petit, dont les applications pourraient représenter un ­marché colossal de 1 000 milliards de dollars en 2015, ressemblent comme deux gouttes d'eau aux micropoussières d'amiante. Composés d'un ou plusieurs feuillets de cristaux de carbone hexagonaux (ou graphènes) enroulés sur eux-mêmes, ils ont l'aspect de minuscules cylindres creux dont le diamètre, de quelques milliardièmes de mètre (ou nanomètres), est 50 000 fois plus petit que l'épaisseur d'un cheveu. Les nanotubes sont donc susceptibles, tout comme l'amiante, d'être inhalés et de se fixer dans l'appareil respiratoire.

    Trois études scientifiques publiées coup sur coup viennent de démontrer que ces craintes ne sont pas infondées. La dernière en date, publiée mardi dans la revue Nature Nanotechnology, révèle que des souris à qui l'on a injecté des fibres de nanotubes dans leur cavité abdominale développent des pathologies comparables à celles que pro­voque l'amiante.

    L'équipe américano-britan­nique dirigée par Ken Donaldson, de l'université d'Édimbourg, a toutefois montré que seuls les nanotubes de grandes dimensions provoquent une inflammation et des lésions du mésothélium, la membrane qui recouvre les poumons (plèvre) et la cavité abdominale. En revanche, les nanotubes courts et le graphène non fibreux n'ont aucun effet délétère, exactement comme avec l'amiante, où seules les fibres longues posent problème. Explication : dans les deux cas, les globules blancs chargés d'éliminer les corps étrangers présents dans les alvéoles pulmonaires sont incapables d'«ingérer» les fibres dépassant une certaine taille.

    La deuxième étude, publiée le 16 mai dernier dans la revue Environmental Health Perspectives, sous la direction de Val Vallyathan du National Institute for Occupational Safety and Health (États-Unis), montre que les nanotubes de carbone perturbent le métabolisme des cellules mésothéliales, provoquant « l'ac- tivation de signaux moléculaires associés à un stress oxydatif  », phénomène identique à ce qui se produit en présence d'amiante.

    Enfin, dans le Journal of Toxicological Sciences, des chercheurs japonais de l'Institut national des sciences de la santé ont constaté la formation de lésions cancé­reuses chez des souris génétiquement sensibles au mésothéliome après 25 semaines d'exposition à des nanotubes de carbone injectés, là aussi, par voie abdominale. Ils n'excluent pas toutefois que le fer, utilisé comme catalyseur lors de la synthèse du nanotube, puisse être à l'origine des effets observés.

     

    Évaluer les risques sanitaires encourus par les travailleurs

     

    Ces résultats, assez préoccupants, incitent à mener d'autres investigations pour clarifier un certain nombre de points cruciaux. Il s'agit notamment de déterminer le seuil de particules inhalées (et non injectées comme dans les expériences citées) au-delà duquel le mésothélium est atteint et développe un cancer.

    «Bien que nous ayons identifié un danger potentiel, nous devons encore démontrer qu'il existe, le cas échéant, un risque pour la santé humaine, explique le Pr Ken Donaldson. Le risque qu'il y a à manipuler des objets contenant des nanotubes semble minimal parce que les fibres sont fortement incrustées dans le matériau. En revanche, nous sommes plus préoccupés par le sort des travailleurs qui fabriquent ces objets.»

    Très prisés pour leur robustesse, leur légèreté, leur élasticité et leur excellente conductivité électrique, les nanotubes de carbone sont déjà largement utilisés dans l'industrie automobile pour renforcer les pièces de carrosserie, mais aussi en électronique, pour les nanocomposants d'ordinateur. Ils entrent aussi dans la composition de nombreux produits comme les pneumatiques, les raquettes de tennis, les clubs de golf ou les mâts de bateaux.

    Comme l'explique Éric Gaffet, chercheur à l'université de Belfort et auteur d'un rapport pour l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset), il faut «considérer le cycle de vie du produit dans sa totalité, notamment au stade de la fabrication puis lorsqu'il devient un déchet.»

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