Le monde mange plus qu'il ne produit, selon un rapport Par Emma Graham-Harrison et Ben Blanchard

Publié le par evergreenstate

Le monde mange plus qu'il ne produit, selon un rapport
Par Emma Graham-Harrison et Ben Blanchard Reuters - Mardi 4 décembre, 09h49PEKIN (Reuters)
 
 Le monde mange plus qu'il ne produit et le prix des aliments pourrait grimper pendant des années en raison de l'expansion des biocarburants et du changement climatique, avec à la clé des risques de conflits sociaux, soulignent des experts dans un rapport.
 
Selon l'institut de recherche international sur la politique alimentaire (International Food Policy Research Institute), la seule croissance des biocarburants pourrait provoquer une augmentation des deux tiers du prix du maïs d'ici 2020 et de près de la moitié du prix du colza.
 
Les stocks mondiaux de céréales, qui permettent de parer aux famines à travers le monde, sont tombés à leur plus bas niveau depuis les années 1980 en raison d'une diminution des semences et de conditions météo défavorables, a déclaré Joachim von Braun, directeur général de l'institut.
 
"Le monde mange actuellement plus qu'il ne produit, ce qui se reflète dans la baisse des réserves depuis les cinq ou six dernières années. Cela ne peut pas continuer, car on arrivera bientôt à l'épuisement des stocks", a-t-il averti lors d'une conférence de presse à Pékin.
 
Des pays comme le Mexique ont déjà connu des émeutes de la faim consécutives à une envolée des prix, rappelle von Braun dans le rapport dont il a supervisé la rédaction.
 
"La forte hausse de la demande en nourriture et en carburant a récemment provoqué de très fortes hausses de prix (...). le changement climatique aura aussi un impact négatif sur la production alimentaire", ajoute-t-il.
 
L'IMPACT DU RECHAUFFEMENT
 
L'appétit croissant des investisseurs financiers pour les marchés de matières premières alimente la volatilité des prix alors que les prix mondiaux des céréales et de l'énergie sont de plus en plus étroitement liés.
 
Avec des prix du brut qui tournent autour de 90 dollars le baril, c'est une mauvaise nouvelle pour les populations pauvres, qui ont déjà dû encaisser depuis 2000 un triplement du prix du blé et un quasi-doublement du prix du riz, dit l'institut.
 
Le rapport présente plusieurs pistes pour améliorer la sécurité alimentaire: investissements dans les technologies agricoles, renforcement du réseau social, avec un soutien particulier aux enfants, suppression des tarifs douaniers...
 
Même si la hausse des échanges commerciaux, réclamée par de nombreux pays en développement dans les négociations internationales, pourrait apporter des gains économiques, elle ne réduirait pas la pauvreté de manière significative dans nombre de cas, estime le rapport.
 
Le réchauffement de la planète pourrait réduire le revenu agricole mondial de 16% d'ici 2020, avance l'institut, en dépit du potentiel de hausse des rendements dans certaines régions plus froides et de l'impact de la plus forte concentration de gaz carbonique dans l'atmosphère, qui joue un rôle fertilisant.
 
"Avec le risque accru de sécheresses et d'inondations découlant de la montée des températures, les pertes de rendements de récoltes sont imminentes", dit le rapport.
 
L'Afrique est particulièrement vulnérable. "Le nombre de personnes malnutries en Afrique sud-saharienne pourrait tripler entre 1990 et 2080", ajoute-t-il.
 
L'institut souligne enfin que les petites exploitations agricoles pourraient être de plus en plus mises en difficulté par la mainmise croissante des grands groupes de distribution sur le marché dont les exigences de sécurité et de qualité sont fortes. La demande alimentaire mondiale, entraînée par des géants en pleine expansion comme la Chine et l'Inde, se tourne peu à peu vers des produits de plus haute valeur que sont les légumes, les fruits, la viande ou les produits laitiers.
 

Publié dans crise alimentaire

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article