Les doutes grandissent sur la solidité de la reprise économique mondiale

Publié le par evergreenstate


Les doutes grandissent sur la solidité de la reprise économique mondiale



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La publication, désormais récurrente, de statistiques économiques encourageantes pousse les marchés financiers à une euphorie qu'ils n'avaient pas connue depuis plus de deux ans. Pourtant, les économistes pointent du doigt les nombreux risques qui pèsent sur la reprise


http://www.lesechos.fr/info/inter/020117857518-les-doutes-grandissent-sur-la-solidite-de-la-reprise-economique-mondiale.htm



Simple feu de paille ou retour durable de la croissance ? Depuis quelques semaines, l'optimisme s'est installé sur la planète économique. Les indicateurs avancés de conjoncture surprennent les économistes agréablement, la production industrielle se redresse, au point que certains pays, comme l'Allemagne, la France et le Japon, ont affiché des croissances économiques positives au deuxième trimestre. Il n'en fallait pas plus pour doper des marchés financiers habitués à la morosité depuis la mi-2007. Ayant retrouvé des couleurs en mars, ces derniers atteignent actuellement des plus hauts sur l'année 2009. Nouvelle manifestation de l'exubérance irrationnelle des marchés ou euphorie légitime ?

Pour Véronique Riches-Flores, qui dirige les études économiques à la Société Générale, il n'y a pas que de l'irrationalité dans cette réaction d'enthousiasme. Compte tenu de la violence sans précédent du choc qu'a connu l'économie mondiale, « de simples rebonds techniques vont conduire à des ajustements économiques rapides qui nous surprendront positivement ». Après des mois de déstockage, les entreprises n'ont pas d'autre choix que de se remettre à produire, quand bien même ce serait à des niveaux plus faibles qu'avant la crise. Le secteur automobile, dopé par les plans de relance y compris dans les pays émergents, agit aussi comme un accélérateur de croissance. Trop conscients de l'importance du soutien à ce secteur, les gouvernements ne vont probablement pas retirer du jour au lendemain leurs aides. Conclusion de Véronique Riches-Flores : « Nous allons connaître quelques mois spectaculaires. »

« Une poussée d'adrénaline »

Mais les économistes sont unanimes à pointer les risques qui pèsent sur l'économie mondiale à moyen terme. Si Pierre Cailleteau, le chef économiste de l'agence Moody's, n'en veut pas aux marchés de connaître « une poussée d'adrénaline au moment où le monde découvre qu'après un choc majeur il est toujours vivant » , il pointe du doigt la question du crédit : va-t-il repartir ? Les dernières statistiques en provenance d'Europe ne sont pas rassurantes sur ce point (« Les Echos » du 28-29 août). Or, sans reprise substantielle du crédit, l'investissement ne pourra pas redémarrer et le secteur privé ne prendra pas le relais de la croissance.

Les ménages, de leur côté, risquent de ne plus être à la hauteur. Si leur consommation a remarquablement résisté à la tempête au premier semestre, c'est « en bonne partie grâce à la désinflation » , note Sylvain Broyer, qui dirige les études économiques chez Natixis. Le monde a profité de la baisse du baril de brut, qui a soutenu le pouvoir d'achat dans un contexte où le chômage augmentait. Mais Véronique Riches-Flores a calculé que « le pouvoir d'achat devrait repartir à la baisse dès le quatrième trimestre 2009 ». Car la désinflation touche à sa fin. Les mois qui viennent verront les prix et le chômage repartir à la hausse. La consommation n'en sortira pas indemne.

Enfin, la question des finances publiques est probablement la plus épineuse. Les Etats ont investi 2.900 milliards de dollars, soit 5,3 % du PIB mondial, pour soutenir l'activité. Peu d'économistes critiquent cette injection massive d'argent, tant elle était indispensable pour empêcher l'effondrement du système. Au moins ce scénario catastrophe a-t-il été évité et c'est là « la véritable bonne nouvelle », estime Sylvain Broyer. Mais son résultat est l'envolée de l'endettement public. Si certains pays, comme la Chine, ont de la marge en la matière, ce n'est le cas d'aucun des grands pays développés. Plus dur sera l'ajustement. Pour Pierre Cailleteau, « cela va rendre encore plus indispensables les réformes que les pays développés repoussent depuis vingt ans, comme celle des retraites ».

Entre chômage élevé et diminution de la marge de manoeuvre des Etats, le scénario qui se profile n'est pas enthousiasmant. Reste éventuellement une planche de salut : la dynamique des grands pays émergents. Encore faut-il remarquer que le rebond constaté en Chine, au Brésil et en Inde « tient beaucoup à la relance du secteur automobile, qui est elle-même assez autocentrée et génère peu de flux commerciaux », constate Véronique Riches-Flores. Conclusion de cette dernière : « Le pire est derrière nous... mais le plus dur est devant. »

 

GABRIEL GRESILLON, Les Echos


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