Nopib-Copenhague2009, le climat change.......changeons d'indicateurs

Publié le par evergreenstate


Nopib-Copenhague2009,
le climat change.......changeons d'indicateurs



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Introduction Climat - Changeons d'indicateurs

Le sacro-saint PIB constitue depuis longtemps le baromètre de la richesse des nations. Il évalue la production d’une économie nationale à savoir l’activité transitant par le secteur marchand.

Comme le souligne justement le rapport du Conseil Economique, Social et Environnemental sur les indicateurs du développement durable et l’empreinte écologique présenté en juin par Philippe le Clézio, à aucun moment, celui-ci :

  • Ne prend en compte la qualité de la vie : ainsi les activités non monétarisées telles que la production domestique, le bénévolat associatif ne sont pas comptabilisées alors qu’on estime en France qu’elles représentent l’équivalent d’un million d’emplois temps plein. Par contre dès qu’une activité passe du secteur non marchand au secteur marchand, le PIB augmente
  • Ne comporte d’indication sur la manière dont la richesse se répartit : l’augmentation du PIB peut ainsi s’accompagner d’une augmentation des inégalités et engendrer de fortes disparités sociales voire menacer la cohésion sociale (inégalités par rapport à l’accès aux soins, à l’éducation, aux services sociaux…)
  • Ignore les atteintes à la santé et l’environnement (dégradation des actifs naturels tels que sous-sol, sol, eau, atmosphère, biodiversité…) et l’épuisement des ressources naturelles. Le pire est que certaines productions particulièrement néfastes à la durabilité (par leurs débauches énergétiques, de matières premières non renouvelables, les pollutions engendrées) entrent dans le calcul du PIB. Nous sommes là en présence d’un système complètement aveugle des problématiques qui se dresse devant nous.

Plus d'informations sur la base documentaire des avis, rapports et études du Conseil Économique, Social et Environnemental

Les réflexions sont de plus en nombreuses sur la manière dont l’impératif de durabilité pourrait être intégré dans les représentations statistiques des Etats et des acteurs économiques de manière à mesurer la distance qui sépare le fonctionnement actuel de l’économie de ce qui serait un fonctionnement compatible avec un modèle de développement soutenable. Comment introduire ainsi une notion de valeur ajoutée d’usage durable prenant en compte des critères d’efficacité, de qualité, de sobriété et de progrès social ?

Prendre en compte et prévoir, dans ses modes de production et de gestion des ressources les besoins futurs n’est pas en soi une nouveauté. Ces préoccupations se trouvaient déjà au cœur de l’économie des sociétés pré-industrielles. Tous les forestiers français connaissaient, par exemple, les ordonnances de Philippe de Valois, puis de Colbert, sur la nécessité d’assurer le rendement « sous-tenu » des forêts du royaume.

Dans les années 1920 des économistes reconnaissaient déjà la nécessité de prendre en compte les effets de l’activité sur les ressources épuisables comme Arthur Cecil PIGOU dans son ouvrage « L’économie du bien-être ». Celui-ci recommandait à l’Etat d’intervenir par le moyen de taxes ou de commandements à réparer pour corriger les effets négatifs induits par la production d’une entreprise comme la pollution. Il est en quelque sorte l’inventeur du principe pollueur-payeur.

Rappelons nous aussi l’appel du Club de Rome sur les limites de la croissance en 1972 « The limits to Growth » ou le rapport Bruntland en 1987 proposant la création d’indicateurs relatifs à l’impact des activités humaines sur les écosystèmes.

La pensée économique dominante tenta alors d’adapter la théorie néoclassique sans pour autant modifier ses fondamentaux. On reconnait le risque d’épuisement des ressources naturelles mais le progrès technique et scientifique permettra de trouver des technologies de substitution grâce aux investissements en recherche et développement. Ces technologies verront leur rentabilité économique augmenter au fur et à mesure que le prix des ressources naturelles augmentera pour cause de rareté.

Oui mais depuis la question du changement climatique s’est imposée et a ébranlé les agents économiques y compris les plus néolibéraux au regard de la facture sans cesse croissante des indemnisations des victimes de catastrophes naturelles : 135 milliards de dollars c’est le coût plancher du cyclone Katrina qui ravagea la quasi-totalité de la Nouvelle-Orléans en août 2005 alors que la réfection des digues réclamait une centaine de millions de dollars que l’Etat fédéral n’a pas voulu dépenser. Katrina est ainsi le cataclysme le plus coûteux de l’histoire contemporaine. Les assureurs ne s’y trompent pas tout comme les marchés financiers qui font désormais un lien direct entre l’activité économique et l’activité climatique.

La question de l’évaluation de notre mode de développement sous l’angle du développement du bien-être collectif et individuel est désormais incontournable mais malgré la déclaration d’Istanbul de juin 2007 entre l’OCDE, le PNUD et la Banque Mondiale, rejoints par le Fonds Monétaire International, aucune solution ne fait aujourd’hui consensus au plan mondial.

Dans sa dimension écologique, la durabilité implique un mode de développement qui préserve les ressources naturelles essentielles à la vie (eau, air, sol, diversité des espèces) et qui ne conduit pas à dégrader dangereusement la biosphère. Concrètement cela veut dire : lutter contre les pollutions, diminuer des dépenses énergétiques, protéger les ressources naturelles non renouvelables.

Dans sa dimension économique, elle impose de transmettre d’une génération à l’autre les capacités productives dont disposent la génération précédente en maintenant ce que le prix Nobel d’économie Robert Solow « le capital social par tête ». Dans ce cas, un développement durable serait acquis dès lors qu’une société maintient indéfiniment sa capacité productive et la possibilité de choix.

Dans sa dimension sociale, la durabilité implique de transmettre aux générations à venir non pas seulement les ressources mais surtout les possibilités et les droits qui leur permettront d’accéder au bien être tel qu’il est aujourd’hui compris : satisfaction des besoins essentiels (alimentation, santé, éducation, logement), accès à des services marchands et non marchands (esthétiques, spirituels), respect des droits de la personne. Elle suppose de veiller à la cohésion de la société et de faire en sorte de ne pas léguer un tissu social déchiré sous l’effet de politiques économiques ou environnementales ayant créé des inégalités pénalisant les plus faibles.

Le Conseil de l’Europe insiste sur les dimensions matérielles et immatérielles du développement des sociétés dans sa stratégie de cohésion sociale en distinguant six types de biens :

  • Biens économiques tels qu’infrastructures, équipements, marchés, entreprises
  • Biens environnementaux
  • Capital humain : populations, savoirs et savoir-faire
  • Capital social : relations humaines et liens, confiance, solidarités
  • Capital culturel : valeurs communes, connaissances
  • Capital politique : type de régime, institutions démocratiques, prise en compte des droits de l’homme, règles, mécanismes de régulation

Pour en savoir plus, lire la présentation de Samuel Thirion, administrateur au Conseil de l'Europe à la Cohésion sociale, intitulée « Vers une société de connaissances pour la cohésion sociale et le développement durable »

Pour le Conseil de l’Europe, la cohésion sociale est la capacité de la société à assurer le bien être de tous ses membres (y compris les générations futures).

C’est un point de départ pour :

  • L’élaboration concertée d’indicateurs de progrès sociétal, au-delà du PIB
  • Une éthique de la vie ensemble (droits immatériels)
  • Une économie du bien être de tous (incluant la production et préservation de biens matériels et immatériels

Dans les trois cas, il doit y avoir production interactive et itérative de connaissances sociétales par l’expérimentation et la mise en réseau. Le Conseil de l’Europe défend ainsi la méthodologie de la coresponsabilité à différentes échelles de territoires (villes, quartiers, communautés rurales…) ou institutionnels (entreprises, écoles, services publics).

La version pilote d’un indice pour mesurer la pollution et d’autres impacts environnementaux sur le territoire de l’UE doit être publiée en 2010. Elle aidera à examiner les résultats des efforts de protection de l’environnement dans les domaines suivants :

  • changement climatique et utilisation énergétique ;
  • nature et biodiversité ;
  • pollution de l’air et impacts sur la santé ;
  • utilisation et pollution de l’eau ;
  • production de déchets et utilisation des ressources.

D’autres initiatives proposées incluent le développement d’un Tableau de bord du développement durable européen, dont une première version devrait être présentée avant la fin 2009

Le Conseil Economique et Social européen propose l’ajout un indicateur de qualité de vie regroupant six domaines : intégrité physique et santé, bien-être matériel, accès aux services publics, activités sociales et intégration de nouveaux arrivants, loisirs, qualité de l’environnement.

Voir l'article d'euractiv.fr : « Bruxelles cherche un indicateur alternatif au PIB »

A noter également que la Commission européenne vient de publier une feuille de route pour le développement de nouveaux indicateurs environnementaux et sociaux afin de mesurer la prospérité et le bien-être réels des Etats, au-delà du traditionnel Produit intérieur brut (PIB). Ces réflexions pourraient influencer les objectifs stratégiques de la Stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi d’après 2010

Dans l’immédiat il faut souligner que le PIB reste le critère privilégié pour l’attribution des aides régionales de l’Europe.

En France, le Grenelle de l’Environnement dans son groupe de travail n°6 évoque la mise en place d’indicateurs agrégés tels que le PIB vert, l’empreinte écologique, le capital public naturel ou l’indicateur de développement humain. Le PIB Vert ou produit intérieur net ajusté de l’environnement oblige à une évaluation monétaire des dégats de l’activité humaine sur l’environnement mais aussi des bénéfices économiques apportés par l’environnement.

Les experts s’accordent aujourd’hui sur une approche par tableau de bord dont les indicateurs seront suffisamment pertinents pour accorder autant de poids aux questions sociales qu’écologiques.

Parmi ces indicateurs, citons des indicateurs emblématiques comme :

L’empreinte écologique

La WWF a mis en place un site afin de calculer son empreinte écologique. Voir aussi la publication d'Antoine Goxe et Sandrine Rousseau « L’empreinte écologique : nouvel indicateur, ancienne approche ? »

Cet indicateur développé au début des années 90 par le WWF exprime de façon partielle l’impact environnemental de l’activité humaine. Plus précisément il mesure la charge qu’impose aux ressources renouvelables une population donnée associée à un mode de vie ainsi que la production de déchets qui en résulte (réduite au seul CO2). On regarde ensuite le solde comptable entre l’empreinte de l’activité et la biocapacité de la planète à produire les ressources et à absorber le CO2. Il y un solde écologique positif ou négatif.

Cet indicateur a le mérite d’être connu internationalement, d’être simple dans sa présentation, très pédagogique. Il excelle comme outil de prise de conscience de l’impact de l’homme sur la planète. Il apparait cependant extrêmement complexe sur le plan méthodologique et ne restitue pas toutes les composantes environnementales du développement durable : épuisement des ressources minérales non renouvelables non prises en compte, pollutions de l’environnement et impact sur la santé non prises en compte. Le poids de l’empreinte carbone est important dans cet indicateur et c’est à cause d’elle que la biocapacité de la planète est largement dépassée.

Les experts restent donc partagés pour son utilisation comme outil d’aide à la décision.

L’Indicateur du Développement Humain

Consultez le rapport du PNUD en ligne.

En réaction en partie à la toute puissance de la Banque Mondiale, qui véhicule par sa posture orthodoxe, les plans d’ajustements structurels, et la recherche de croissance économique comme fin en soi, Le premier Rapport mondial sur le développement humain (1990) publié par le PNUD a introduit une nouvelle manière de mesurer le développement en faisant la synthèse des indicateurs d'espérance de vie, de niveau d'études (durée moyenne de scolarisation et durée d’alphabétisation) et de revenu (PIB réel par habitant), pour aboutir à l'Indicateur du Développement Humain (IDH). Le tournant décisif pour l'IDH fut la création d'une statistique unique destinée à servir de cadre de référence pour le développement économique et social. L'IDH établit un minimum et un maximum pour chaque dimension, appelés balises, et indique ensuite la situation de chaque pays par rapport à ces balises, dont la valeur varie entre 0 et 1. Il est sans doute un meilleur indicateur du niveau de développement d’un pays permettant de quitter le paradigme de la seule croissance économique comme fin en soi mais n’est pas exempt de faiblesses. Il pourrait ainsi prendre en compte davantage de critères qualitatifs, en particulier en ce qui concerne les inégalités.

IPH

Le PNUD a publié plusieurs autres indicateurs dont l'Indicateur de pauvreté humaine (IPH) qui signale des manques, des privations ou exclusions d'une partie de la population. Une variante de l'IPH est calculée pour les pays en développement, une autre pour les pays développés. Ce dernier tient compte de la probabilité de décéder avant 60 ans, de l'illettrisme, du pourcentage de personnes en dessous du seuil de pauvreté et des chômeurs de longue durée.

Indicateur du bien-être économique

Cet indicateur (université Dalhousie, Canada) corrige le PIB en y intégrant de nouvelles variables comme le bénévolat ou le travail domestique.

Indicateur de Santé Sociale

Lire l'article de Florence Jany-Catrice et Rabih Zotti, rédigé pour l'IDIES (Institut pour le Développement de l'Information Économique et Sociale) et intitulé : « Les régions françaises face à leur santé sociale ».

Cet indicateur synthétique multidimensionnel sur le volet social du développement a été proposé par des chercheurs de l’Université de Lille et testé pour aborder la santé sociale des régions françaises. Les grands problèmes sociaux contemporains sont multidimensionnels (Miringoff et Miringoff, 1999) et s’accommodent mal d’une unique variable censée résumer le niveau de la santé sociale.

Mais comment identifier et mesurer cette multidimensionnalité territoriale sans qu’elle apparaisse comme une construction intellectuelle, une vue d’en haut, à la disposition d’une poignée d’experts ? Pour tenter d’échapper, en partie, à ce risque, Florence Jany-Catrice et Rabih Zotti de l’Université de Lille 1 se sont appuyés sur une expérience innovante réalisée dans la région Nord-Pas-de-Calais.

A l’issu d’un rapport sur les inégalités et la pauvreté réalisé pour le compte du Conseil régional Nord-Pas-de-Calais (Jany-Catrice, Kampelmann et alii, 2007), des groupes pluriels regroupant associations, experts, administratifs ont été mis en place et ont été le lieu de plusieurs séances de débats sur la base des interprétations que permettaient ou pas la mise en place d’un baromètre régional des inégalités et de la pauvreté. Des discussions engageant l’ensemble des acteurs ont concerné sa composition, mais aussi les pondérations des dimensions qui le composent.

C’est dans le prolongement de ce travail qu’a été proposé l’Indicateur de Santé Sociale. Ce dernier prend en compte les dimensions Revenu, Travail et Emploi, Education, Santé, Logement, Justice au travers de variables comme le taux de surendettement, la taux de pauvreté, la part de l’emploi précaire, le taux de fréquence des accidents du travail avec arrêt, la part du recours à l’expulsion locative, l’espérance de vie à la naissance, le taux d’actifs sans diplôme, les crimes et délits pour 100 000 hab. L’un des résultats majeur de la production de cet indicateur de santé sociale est de souligner que son niveau comparé est déconnecté de celui du Pib /tête : un plus grand Pib/tête ne signifie pas une meilleure santé sociale (Jany-Catrice, Zotti, 2008)

Indicateurs GRI

Pour en savoir plus, consultez le site de la Global Reporting Initiative (GRI).

La Global Reporting Initiative (GRI) a été établie vers la fin 1997 avec comme mission de développer les directives applicables globalement pour rendre compte des performances économique, environnementale, et sociale, initialement pour des sociétés et par la suite pour n'importe quelle organisation gouvernementale, ou non gouvernementale. Rassemblée par la coalition pour les économies environnementalement responsables (CERES) en association avec le programme d'environnement des Nations Unies (PNUE), le GRI incorpore la participation active des sociétés, des O.N.G, des organismes de comptabilité, des associations d'hommes d'affaires, et d'autres parties prenantes du monde entier. La GRI propose un référentiel d'indicateurs qui permet de mesurer l'avancement des programmes de développement durable des entreprises.

Ce référentiel a été conçu dans le cadre d'un réseau de praticiens donc se fonde sur une expérience collective. Les indicateurs font l’objet d’une définition rigoureuse, ils mesurent une performance c'est à dire que ce qui est important, ce n'est pas la valeur atteinte à un moment donné mais les comparaisons qu'on peut établir d'une période à l'autre ou d'une organisation à l'autre. Et surtout la grande majorité de ces indicateurs se réfère soit à une norme internationale, un accord ou un protocole, à défaut aux recommandations et préconisations d'organisations internationales (Conseil de l'Europe et OCDE).

Mais compte tenu du nombre important d'indicateurs, leur lecture n'est pas aisée. C'est leur première faiblesse. Et corrélativement, comme il n'y a pas une valeur unique comme pour le PIB, il n'est pas facile de les utiliser à des fins de communication « grand public ». C'est leur deuxième faiblesse. Certains indicateurs sont difficiles à calculer ou même à être utilisés, l'information nécessaire n'existant pas ou étant très subjective.

L’Happy Planet Index

Pour en savoir plus, consultez le site du (un)Happy Planet Index

La NEF (New Economics Foundation) a publié en juillet la seconde version de son « happy planet index », qui classe les pays en divisant leur indicateur de « bien-être subjectif moyen » (issu d’enquêtes de satisfaction), multiplié par l’espérance de vie, par l’empreinte écologique moyenne par habitant. L’idée générale est de valoriser une vie longue et (jugée) heureuse avec une pression écologique faible. Le pays qui arrive en tête est le Costa Rica, un pays dont l’empreinte écologique par habitant est quatre fois plus faible qu’aux États-Unis (classés 114ème sur 143 pays) tout en ayant une espérance de vie supérieure et un indice de satisfaction de vie plus élevé. La France est en 71ème position.

Lire le draft du rapport de la Commission Stiglitz (en anglais)

 

Mais on ne peut parler de cette question des indicateurs sans évoquer la mise en place par le Président de la République, Nicolas Sarkozy, d’une Commission de travail présidée par Joseph Stiglitz sur la mesure de la performance économique et du progrès social dont on espère avoir les conclusions avant la fin de l’année 2009 et dont un rapport provisoire en anglais a été mis en ligne en juin.

Lire la note du FAIR (Forum pour d’Autres Indicateurs de Richesse) publiée sur le site de l'IDIES.

Le collectif FAIR (Forum pour d’Autres Indicateurs de Richesse) qui s’est créé pour suivre de près les travaux de cette commission a produit une analyse de ce document.

Pour ce collectif, la méthode employée par la Commission, tant pour l’établissement du rapport que pour la communication qui en est faite est critiquable car la recherche d’indicateurs complémentaires ou alternatifs au PIB aurait dû constituer une formidable occasion de dialogue avec la société civile. Or, la Commission a travaillé en "chambre", produisant des propositions non débattues.

Pour aller plus loin, lire l'interview de Jean-Paul Fitoussi, coordinateur de la Commission Stiglitz sur la mesure de la performance économique et du progrès social, publiée dans le magazine Alternatives économiques.

En deuxième point, le collectif est très critique sur le fait que la commission privilégie une approche monétarisée du développement en proposant de s’engager dans la voie d’une mesure monétaire synthétique (l'épargne nette ajoutée ou ENA) visant à tout monétariser : économie, environnement, niveau d’éducation…Cet indicateur monétaire créé par la Banque mondiale fait la somme de trois grandeurs : les variations du capital économique issu de la production, le « capital humain » évalué par les dépenses d’éducation, et une estimation monétaire des variations du capital naturel et des dommages écologiques (limités aux seuls dommages climatiques). Si cette somme est positive d’une année sur l’autre, le pays est supposé suivre une trajectoire de développement durable.

Pour FAIR, l’ENA, au demeurant à l'état de vague projet de recherche, est un indicateur à bannir comme futur repère-clef. D'une part, il est incompréhensible par des non-spécialistes et donc inutilisable pour guider démocratiquement l'action publique ou privée. D'autre part, il repose sur une hypothèse inacceptable selon laquelle les trois formes de capital sont interchangeables ou "substituables" : en résumé, ce n’est pas grave si l’on porte gravement atteinte à l’environnement pourvu que les deux autres composantes « compensent ». Les auteurs le savent bien, mais se bornent à annoncer des recherches à venir pour lever cette "imperfection".

Par ailleurs, en évacuant les dimensions sociales et démocratiques du progrès, les inégalités et la pauvreté, il tourne le dos à la notion de développement durable que les auteurs prétendent pourtant refléter. Est donc exclue de la conception du développement qui fonde cet indicateur, toute idée de "patrimoine social" que l’on pourrait envisager sous l’angle des solidarités, de la cohésion sociale, du lien, de la réduction des inégalités. De telles évaluations monétaires sont en réalité bien plus "arbitraires" que nombre d’indicateurs synthétiques non monétaires assez mal vus par la Commission.

Il semblerait que le document final qui sera présenté le 14 septembre intègre un certain nombre de ces observations. L’épargne nette ajustée qui est un indicateur de variation de la richesse globale serait ainsi complétée par un indicateur physique ainsi que par un indicateur d’alerte signalant la proximité d’une catastrophe écologique.

À suivre donc…

Conclusion

Le PIB ne peut plus être le baromètre de santé des nations. L’urgence climatique impose de changer de paradigme de développement et donc de changer de mode d’évaluation.

Si le Sommet de Copenhague accouche d’une souris, le « business as usual » risque de se poursuivre encore pendant longtemps. Les bonus encore promis aux traders cette année laissent craindre que les affaires continuent finalement comme avant et que toutes les déclarations sur la régulation du capitalisme n’aient été qu’un vaste écran de fumée.

L’enjeu va être de prendre conscience que les bénéfices d’un changement de paradigme ne pourront s’apprécier que sur le moyen/long terme comme le rapport de Sir Nicholas Stern le démontre avec force. Il faudra donc accepter de supporter les coûts de la transition pour ne pas avoir à en supporter davantage sur le long terme et ne pas en occulter les conséquences proches pour certains secteurs économiques qu’il conviendra d’accompagner, pour les pays en voie de développement pour lesquelles nous avons une responsabilité particulière à assumer.

Pour certains observateurs, Copenhague devrait déboucher sur un protocole d’accord minima dont il faudra régler ultérieurement nombre détails. Il est en effet peu probable que les Etats-Unis aient adopté en Congrès une loi sur le climat d’ici Copenhague. Difficile dans ces conditions d’arriver avec du concret.

De la Commission Stiglitz au Sommet de Copenhague, CAP21 lance la campagne NOPIB.

Il est temps de mettre fin à la dictature du PIB et de réguler le capitalisme financier. L’économie ne peut continuer à se projeter sur un horizon de court terme imposé par un système de gouvernance des entreprises basé sur la seule valeur actionnariale.

Il est temps de nous engager dans une transition écologique socialement soutenable et de promouvoir le bien-être individuel et collectif en appelant à « vivre autrement » dans une société du mieux-être où les conditions de travail offrent une vraie qualité de vie (satisfaction des besoins essentiels, préservation de la santé, conciliation de la vie familiale avec le travail, accès à la culture et aux loisirs), où la solidarité est encouragée au travers de la vie associative et de réseaux de productions immatérielles reposant sur la gratuité et la réciprocité, où les citoyens sont encouragés à participer à la vie publique et politique sans discrimination de condition, de genre, d’origine, d’orientation sexuelle, où l’environnement est préservé au bénéfice des générations actuelles et à venir.

Lire l'article « Le CESE montre la voie » de Jean Gadrey sur le site Alternatives Économiques.

Pour changer de direction, il faut changer les panneaux indicateurs qui nous donnent le chemin à suivre. Comme le souligne fort justement Jean Gadrey, professeur émérite d’économie à l’Université Lille 1 , « les vraies richesses à considérer dans la « bifurcation vers un autre monde » sont des richesses humaines, sociales et écologiques, de sorte que les richesses économiques marchandes et monétaires ne peuvent être que des moyens au service de finalités non économiques. Agir ensemble pour d’autres repères et indicateurs suppose l’accord sur ce dernier point, pas forcément sur une théorie économique de la valeur, de la valeur d’usage et de la richesse. »

Ce constat plaide pour qu’autour de tels enjeux relevant du monde que nous espérons et voulons, les citoyens soient invités de façon constructive et ambitieuse à délibérer du local à l’international sur ces questions d’intérêt général. La démarche de coresponsabilité proposée par le Conseil de l’Europe est à ce titre intéressante.

« Le capitalisme décadent, international mais individualiste dans lequel nous nous sommes retrouvés après la guerre n’est pas un succès. Il n’est pas intelligent, il n’est pas beau, il n’est pas juste, il n’est pas vertueux – et il ne livre pas la marchandise ! En bref, nous ne l’aimons pas et nous commençons à le mépriser. » — John Maynard Keynes, L’autosuffisance nationale, 1933.


Eric Delhaye
Président délégué de CAP21

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