Sept lieux communs sur les énergies alternatives (slate.fr)

Publié le par evergreenstate

Sept lieux communs sur les énergies alternatives

Il faut faire attention aux idées reçues et aux solutions simplistes pour lutter contre le réchauffement climatique.

vendredi 11 septembre 2009
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Voilà une liste de sept lieux communs sur les énergies alternatives. Slate.com les a passé au crible. Un rappel utile au moment où le débat fait rage sur la taxe carbone.

1)«Nous devons faire tout notre possible pour promouvoir les énergies alternatives»

Oui et non. Certes, les combustibles fossiles mettent à mal le climat et le statu quo actuel n'est pas viable. Selon un consensus scientifique largement admis, le monde devra réduire ses émissions de gaz à effet de serre de plus de 25% d'ici 2020 (et de plus de 80% d'ici 2050). Et même si le sort de la planète n'en dépendait pas, le fait d'en finir avec notre dépendance au pétrole et au charbon aurait d'autres avantages : nous n'aurions plus à compter sur certains Etats voyous, et nous ne serions plus comme aujourd'hui vulnérables face aux flambées des prix de l'énergie.

Nous devons donc faire tout notre possible pour promouvoir les énergies alternatives, mais en restant dans les limites du raisonnable. Nous allons au devant de décisions difficiles. Il faut prendre en compte les paramètres financiers, politiques et techniques, ainsi que les contraintes de temps: nous devrons réduire un maximum d'émissions pour un coût minime et ce en un temps record. Voitures à hydrogène, fusion froide: ces concepts futuristes sonnent bien, mais leur réalisation demanderait beaucoup de ressources; mieux vaut se concentrer sur des idées réalistes et peu coûteuses. On raconte que quelqu'un a réussi à faire tourner sa voiture avec des produits issus de liposuccions. On peut l'applaudir, mais il n'est pas indispensable de lui accorder une subvention pour autant.

Est-ce vraiment aux gouvernements de décider qui sont les gagnants et les perdants dans le domaine de l'énergie ? C'est une interrogation légitime. Une chose est sûre, cependant: les perdants ne devraient pas être mis sur un piédestal. C'est malheureusement ce qui est en train de se passer. Le monde entier s'enthousiasme pour des sources alternatives de carburant qui ne feront qu'accélérer le réchauffement climatique, sans parler d'une source d'énergie alternative qui pourrait paralyser les efforts accomplis pour stopper ce réchauffement.

Nous pouvons encore nous engager dans une voie réellement alternative. Mais il faut faire vite.

2)«Les carburants renouvelables nous libéreront de notre dépendance au pétrole»

Malheureusement, non. «Carburant renouvelable» : le terme est séduisant, et les arguments des lobbyistes de l'agriculture ont poussé l'Europe et les Etats-Unis à établir d'ambitieux quotas de biocarburants pour promouvoir les alternatives végétales à l'essence. Reste que dans le monde réel, les différents remèdes (en général, l'éthanol à base de maïs aux Etats-Unis ou le biodiesel a base d'huile de palme, de soja ou de colza en Europe) se sont avérés bien plus néfastes que le mal.

Les chercheurs ont longtemps affirmé que les carburants d'origine agricole permettraient de réduire les émissions: une erreur de débutant, presque trop grossière pour être vraie. Ils affirmaient que ces récoltes absorberaient le carbone en poussant, sans penser au fait qu'elles prendraient sans doute la place de végétaux plus à même d'absorber le CO2. Peut-être pensaient-ils qu'on ferait pousser les biocarburants sur les parkings... Inutile de dire qu'il n'en fut rien : en Indonésie, par exemple, on a détruit bien des tourbières et des forêts luxuriantes pour obtenir de l'huile de palme et la vendre aux producteurs européens de biodiesel. De 21ème, l'Indonésie est passée au 3ème rang des pays émettant le plus de carbone.

En 2007, des chercheurs ont enfin pointé du doigt les déforestations et autres modifications des terres induites par la production de biocarburants. Une étude a conclu qu'il faudrait utiliser les biodiesels pendant au moins 400 ans pour «compenser» les effets du carbone résultant de l'élimination des tourbières. Les dommages indirects peuvent être tout aussi dévastateurs : sur une planète affamée, quand un agriculteur se reconvertit dans le biocarburant, il est vite remplacé ailleurs. Prenons un exemple : les profits liés à l'éthanol incitent les fermiers américains à passer de la culture du soja à celle du maïs. Conséquence : les agriculteurs brésiliens spécialistes du soja achètent des pâturages pour faire face à la demande, et les ranchers brésiliens se rabattent sur la forêt amazonienne. Conclusion : selon une étude, il faudra 167 ans pour « compenser » les effets de l'utilisation de l'éthanol. C'est de l'économie de base : l'Etat met en place des quotas de biocarburants, ce qui augmente la demande en grain; la demande fait grimper les prix ; ravager la nature devient alors une activité lucrative.

Vingt pourcents des émissions de CO2 sont imputables à la déforestation. Il est peu probable que nous puissions nous passer des autres sources d'émissions (voitures, charbon, usines, vaches...) ; il est donc temps de laisser les forêts tranquilles. Il faut réduire l'empreinte de l'agriculture, une tâche particulièrement ardue, et qui se complique au fur et à mesure que la population mondiale s'accroît ; une tâche qui pourrait bien devenir impossible si nous continuons à transformer de vastes espaces de terres agricoles en maigres réserves de carburant. Même si les Etats-Unis transformaient toutes leurs cultures céréalières en éthanol, les biocarburants ne représenteraient qu'un cinquième de la consommation d'essence du pays.

Ce désastre n'est pas seulement climatique. Un plein d'éthanol dans un 4x4, c'est assez de céréales pour nourrir une personne affamée pendant un an. Les décisions gouvernementales prises en faveur des biocarburants font flamber les prix des aliments dans le monde entier et ont contribué aux émeutes de la faim dans des dizaines de pays en développement. Et pourtant, les Etats-Unis ont quintuplé leur production d'éthanol en dix ans et comptent quintupler leur production de biocarburant au cours de la prochaine décennie. En somme, plus d'argent pour les agriculteurs céréaliers (qui sont déjà confortablement subventionnés), plus de malnutrition, plus de déforestations, et plus d'émissions de CO2. Les dirigeants européens se sont montrés un peu plus réceptifs que les autres quant aux critiques alarmantes visant les biocarburants (critiques venant, pour partie, d'une agence britannique créée à l'origine pour... faire la promotion de ces carburants alternatifs), mais ils n'osent visiblement pas s'opposer à une industrie mondiale de cette envergure: elle pèse déjà 100 milliards de dollars...

3) «Si les biocarburants d'aujourd'hui ne suffisent pas à résoudre le problème, les biocarburants de demain y parviendront»

Peu probable. En plus d'accorder tout leur soutien à l'éthanol de maïs, les dernières réglementations américaines prévoient de subventionner le lancement des biocarburants de «deuxième génération», comme l'éthanol cellulosique à base de panic érigé [ou «switchgrass», plante courante aux Etats-Unis]. Ces nouveaux biocarburants seraient théoriquement moins néfastes que l'éthanol de maïs, dont la production nécessite des tracteurs, des engrais à base de pétrole, et des distilleries qui émettent trop de carbone. Même l'éthanol de première génération à base de canne à sucre (qui fait déjà tourner la moitié des véhicules au Brésil) est bien plus écolo que l'éthanol de maïs. Mais de récentes études suggèrent que tout biocarburant ne pouvant pousser que sur une terre fertile est plus néfaste que l'essence vis-à-vis du réchauffement climatique. Un biocarburant un peu moins désastreux que l'éthanol de maïs demeurerait désastreux.

En théorie, des carburants à base d'algues, de détritus ou de déchets agricoles pourraient s'avérer très utiles: ces produits ne prennent pas beaucoup de place, et peuvent être entreposés sur des «terres dégradées». Reste à savoir quand de tels carburants pourront être distribués à grande échelle. Réponse invariable des spécialistes: «dans  plusieurs années». Quelques scientifiques pensent que les herbes vivaces à croissance rapide (comme le miscanthus) peuvent convertir la lumière du soleil en énergie, ce qui pourrait résoudre le dilemme de l'utilisation du sol... un jour. Pour le moment, les terres agricoles font des merveilles pour ce qui est de nous nourrir et d'absorber le carbone; pas pour générer du carburant. D'ailleurs, de nouvelles études suggèrent que si nous voulons vraiment convertir de la biomasse en énergie, nous ferions mieux d'en faire de l'électricité.

Alors, que devrions-nous mettre dans le réservoir de nos voitures et de nos camions? A court terme... de l'essence. Nous devons simplement réduire notre consommation.

Au lieu d'imposer des quotas de biocarburants et de subventionner l'éthanol, les gouvernements devraient réglementer la consommation de carburant, afin que le milliard d'automobilistes que compte le monde engloutissent moins d'essence ; ces mêmes gouvernements devraient également soutenir les transports en commun, les pistes cyclables, les chemins de fer, le télétravail, le covoiturage; en somme, tout ce qui pourrait nous permettre de laisser la voiture au garage plus souvent. Les dirigeants du monde devraient également supprimer les subventions allouées à la construction de routes inutiles, en finir avec les mesures favorisant les parkings à taille excessive ou celles limitant les constructions de lotissements «denses», et toutes les autres décisions encourageant un urbanisme de «l'étalement». Ces idées ne sont certes pas enthousiasmantes (contrairement à la perspective d'un nouveau carburant miracle), mais au moins, elles sont réalisables, et elles réduiraient sensiblement nos émissions de CO2.

A moyen terme, le monde aura besoin de voitures électriques rechargeables; c'est le seul moyen plausible de nous libérer de notre dépendance au pétrole dans les décennies à venir. Mais l'électricité génère déjà plus d'émission que le pétrole... Il va donc également nous falloir guérir de notre addiction au charbon.

4) «Le nucléaire va nous guérir de notre addiction au charbon»

Faux. L'énergie atomique ne créé pas d'émissions de CO2; un grand nombre de politiciens (et certains environnementalistes) affirment donc qu'elle pourrait servir d'alternative au charbon et au gaz naturel; qu'elle pourrait générer de l'énergie propre quand il n'y a ni soleil, ni vent. Aux Etats-Unis, où 20% de l'énergie provient des centrales nucléaires, le service public caresse l'idée de construire de nouveaux réacteurs pour la première fois depuis l'accident nucléaire de Three Mile Island, il y a trente ans. Et ce en dépit des inquiétudes mondiales (au sujet de la prolifération nucléaire), des inquiétudes de la population (attaques terroristes, accidents), et des difficultés liées au stockage des déchets radioactifs. La France tire 80% de son énergie du nucléaire, et la Russie, la Chine et l'Inde sont en train de lui emboîter le pas.

Mais l'énergie nucléaire ne peut pas régler la crise climatique. Pour des raisons de timing, tout d'abord : l'Occident doit réduire ses émissions dans les dix ans à venir, et le prochain réacteur américain ne verra le jour qu'en 2017 (et sa construction sera sans doute retardée ;  tous les réacteurs américains sont passés par là). Dans le reste du monde développé, la plupart des pays qui ont envisagé de se mettre au nucléaire ne l'ont pas fait. Aucun pays occidental n'a plus d'un projet de construction de centrale, et un bon nombre de centrales existantes seront désaffectées dans les décennies à venir ; l'énergie nucléaire ne devrait donc pas vraiment affecter la courbe des émissions de l'électricité d'ici 2020.

Le plus gros problème demeure celui du coût. Les centrales nucléaires sont censées être chères à construire, mais peu coûteuses en fonctionnement. Le problème, c'est que les coûts de construction deviennent vraiment exorbitants ; d'après les estimations, ils ont quadruplés en moins de dix ans. Selon le gourou de l'énergie, Amory Lovins, les nouvelles centrales coûteront presque trois fois plus qu'une éventuelle exploitation de l'énergie cinétique du vent. Et cette estimation a été faite avant la récente explosion des coûts de construction et de maintenance des centrales (crise du crédit, manque d'employés spécialisés, et une relation constructeur/fournisseur sans marge de manœuvre : par exemple, une entreprise japonaise détient le monopole du forgeage d'acier sur réacteur). En Finlande, un nouveau réacteur devait servir de tremplin à la renaissance mondiale du nucléaire ; il est déjà retardé, et dépasse de beaucoup le budget alloué. C'est pourquoi les projets de centrales ont été enterrés au Canada et dans plusieurs Etats américains ; c'est aussi pourquoi l'agence Moody's [agence de notation américaine] vient de déclarer qu'elle reverra sans doute à la baisse les notes des fournisseurs d'énergie s'ils venaient à faire construire de nouveaux réacteurs ; enfin, c'est pourquoi les investisseurs privés ont injecté 71 milliards de dollars dans le secteur des énergies renouvelables en 2007, et pas un sou dans celui du nucléaire.

C'est aussi pourquoi les responsables des centrales nucléaires américaines se tournent vers les hommes politiques pour faire augmenter leurs garanties de prêt, leurs allégements fiscaux, leurs subventions directes, et autres trésors de l'assistanat gouvernemental. Une centrale nucléaire n'est profitable que si quelqu'un d'autre la finance... la course au nucléaire n'existe donc que dans les pays où le nucléaire est subventionné par le service public. Les sanctions contre l'Iran sont inutiles ; laissons faire les mollahs. Si les Iraniens se mettent à l'énergie nucléaire, l'économie du pays s'effondrera en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire...

A la différence des biocarburants, le nucléaire ne contribue pas au réchauffement climatique. Mais l'expansion nucléaire (exemple: ce projet des républicains américains, qui demandent la construction de 100 centrales d'ici 2030) coûterait des milliers de milliards de dollars pour un résultat à la fois modeste et lointain.

Les lobbyistes du nucléaire ont tout de même un argument de point: si le charbon est trop sale et le nucléaire trop coûteux, comment allons nous produire notre énergie ? L'énergie cinétique du vent est épatante, et c'est une valeur montante: elle représentait l'an dernier la moitié des nouvelles sources d'énergie américaines, et elle a augmenté sa capacité globale d'un tiers en 2007. Bien qu'elle ait multiplié sa puissance en watts par dix en une décennie (la Chine est en tête, et l'Europe se met au vent elle aussi), cette énergie ne représente toutefois que 2% de l'électricité mondiale. Les énergies solaire et géothermique font également des merveilles et sont tout aussi inépuisables, mais leur utilisation est encore anecdotique. Le foyer américain moyen possède 26 appareils électriques, et le reste du monde ne demande pas mieux; l'US Department of Energy estime que la consommation d'électricité va grimper de 77% d'ici 2030.

Comment faire face à cette demande sans un renouveau du nucléaire? C'est bien simple : on ne peut pas. Seule solution : faire mentir le Department of Energy...

5) «Il n'y a pas de remède miracle pour résoudre la crise énergétique»

Probablement pas, en effet. Mais certains remèdes sont meilleurs que d'autres; autant tester les meilleurs avant d'opter pour leurs alternatives de moindre qualité. Il existe une énergie renouvelable plus propre, moins coûteuse et plus abondante que les autres. Elle ne mène pas à la déforestation, et ne requiert pas de mesures de sécurité compliquées. Elle ne dépend pas du temps qu'il fait. Inutile d'attendre des années pour mettre la main dessus; elle est déjà disponible partout.

Son nom: «efficacité». Le principe: gâcher moins d'énergie (ou, plus précisément, utiliser moins d'énergie pour refroidir sa bière, chauffer l'eau de sa douche et faire tourner son usine exactement comme avant). Ce n'est pas un règlement austère, qui vous imposerait de prendre des douches froides, d'éteindre les lumières, de baisser le thermostat, de moins conduire, de moins prendre l'avion, d'acheter moins de choses, de manger moins de viande, de renoncer à votre McMansion [immenses maisons de banlieue construites à la chaine], ou de changer votre comportement de quelque façon que ce soit. Faire moins avec moins de ressources, cela s'appelle de la conservation. Etre efficace, en revanche, c'est faire comme d'habitude avec moins d'énergie ; il y a donc peu d'efforts ou de sacrifices à concéder. Pourtant, des appareils électriques, de l'éclairage, des usines, des immeubles et des véhicules plus efficaces pourraient permettre de réduire d'un cinquième à un tiers la consommation mondiale d'énergie, et sans réelles privations, qui plus est.

L'efficacité n'est pas à la mode; l'idée de réduire sa consommation d'énergie (sans pour autant changer son mode de vie) n'est pas en phase avec un monde qui baigne dans une culture du «toujours plus». Mais la meilleur façon de s'assurer que les nouvelles centrales ne vont pas nous mettre sur la paille, ne vont pas aider les dictateurs du pétrole, ou ne vont pas mettre la planète en danger est encore de ne pas les construire.

Les «NegaWatts» [mégawatts économisés] produits grâce à ces initiatives efficaces coûtent entre 1 et 5 cents par kilowatt/heure, contre une estimation de 12 à 30 cents par kilowatt/heure pour ce qui est des nouvelles centrales nucléaires. En effet, les être humains en général (et les Américains en particulier) gâchent des quantités incroyables d'énergie. L'énergie gaspillée par les centrales électriques américaines suffirait à alimenter le Japon ; les chauffe-eau, les moteurs industriels et les immeubles des Etats-Unis sont aussi lamentablement inefficaces que les voitures américaines. Seuls 4% de l'énergie utilisée pour alimenter une ampoule à incandescence classique servent à produire de la lumière : le reste s'évapore dans la nature. On estime que la Chine va construire plus de mètres carrés d'immobilier dans les 15 prochaines années que les Etats-Unis n'en ont bâti dans leur histoire, et ce pays n'a aucune expérience ni aucune réglementation écologique en matière d'urbanisme.

Or nous savons déjà que les mesures d'efficacité énergétique peuvent faire des merveilles. Elles ont déjà permis de réduire le niveau de la consommation en Amérique : il était « astronomique » ; il est aujourd'hui simplement « élevé ». Par exemple, grâce à la réglementation fédérale, les réfrigérateurs américains modernes utilisent trois fois moins d'énergie que les modèles de 1970, et ce alors même qu'ils sont plus grands et dotés d'une meilleure technologie.

Au final, c'est bel est bien l'appât du gain qui représente plus grand obstacle à l'efficacité: les fournisseurs d'énergie ont tout intérêt à vendre le plus d'énergie possible, et finissent donc par construire de nouvelles centrales. En Californie et dans le Pacifique Nord-Ouest, en revanche, les profits des fournisseurs ne sont plus directement liés aux ventes d'électricité ; les fournisseurs peuvent donc aider leurs clients à économiser de l'énergie sans froisser leurs actionnaires. Résultat: dans ces régions, la consommation électrique par personne est stable depuis trois décennies (alors qu'elle a grimpé de 50% dans le reste des Etats-Unis). Si les fournisseurs du monde entier pouvaient gagner de l'argent en aidant leurs clients à réduire leur consommation, l'US Department of Energy reverrait bien vite à la baisse ses effrayantes estimations.

6) «Le monde sera sauvé par une révolution technologique»

Peut-être. Sur le long terme, il est encore difficile d'imaginer aujourd'hui comment nous pourrons réduire les émissions de 80% d'ici 2050, avec l'accroissement de la population mondiale et l'inévitable développement des pays en développement... Il faudrait fixer le prix du carbone ; une telle mesure pousserait les « market makers » [teneurs de marché] et les innovateurs à promouvoir les activités peu polluantes ; en Europe, le marché des droits d'émission semble d'ailleurs bien fonctionner (après des débuts houleux). Les investisseurs (qui injectent déjà beaucoup d'argent dans les énergies renouvelables) pourraient un jour produire un panneau solaire bon marché, un carburant synthétique, une batterie superpuissante ou une centrale au charbon véritablement propre. Un jour ou l'autre, après avoir profité des derniers « négaWatts » et autres «négabarils» le plus efficacement possible, nous aurons peut-être besoin d'une nouvelle source d'énergie...

Pour autant, une chose est certaine: nous avons déjà toute la technologie nécessaire pour commencer à réduire les émissions en réduisant la consommation. Même si nous ne faisons que stabiliser la demande en électricité, nous pouvons soustraire un «mégawatt-charbon» à chaque fois qu'un «mégawatt-vent» est produit. Avec un réseau de distribution d'électricité plus «intelligent», des codes de construction écologiques et des normes d'efficacité strictes (de l'ampoule électrique à la TV plasma en passant par le centre de traitement des données), nous pouvons faire mieux que stabiliser la consommation. Al Gore a élaboré un projet qui semble réalisable pour développer une énergie sans émissions de CO2 d'ici 2020. Ses prévisions sont ambitieuses: il imagine un futur où la demande en énergie a baissé de 28% grâce aux mesures d'efficacité ainsi qu'aux énergies solaire, géothermique et cinétique. Il ne serait même pas nécessaire, selon lui, de stopper notre consommation de combustible fossile ; il suffirait de la limiter.

Si quelqu'un a une meilleure idée d'ici 2020, génial ! Mais pour l'heure, nous devons faire avec les solutions offrant le rapport qualité-prix le plus intéressant.

7) «Au final, nous devrons changer nos comportements pour sauver le monde»

Probablement. Dans l'Amérique d'aujourd'hui, il est devenu politiquement incorrect de suggérer que si nous voulons vraiment passer à l'écologie, il faudra quelque peu modifier nos modes de vies. Autant l'admettre, cependant: Jimmy Carter avait raison. Baisser le chauffage et mettre un pull n'a jamais tué personne. L'efficacité est un remède miracle, mais le concept de conservation est encore plus performant: conduire une Prius permet de consommer moins d'essence, mais laisser sa Prius au  garage permet de ne rien consommer du tout... Un séchoir à bonne efficacité énergétique consommera toujours plus d'énergie qu'une corde à linge.

Faire plus avec moins est un bon point de départ; mais pour arriver à 80% d'émissions en moins, les pays développés devront sans doute apprendre à faire moins avec moins. Nous devrons débrancher quelques cadres photo numériques, remplacer les voyages d'affaires par des téléconférences, et nous passer de climatisation de temps en temps. C'est peut-être une vérité qui dérange; mais ce qui devrait vraiment nous déranger, ce sont les milliers de milliards de dollars engloutis dans la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, notre dépendance vis-à-vis des pétro-Etats hostiles, et la perspective d'une planète fricassée.

Après tout, les pays en développement ont bien le droit de se développer. Leurs populations ont envie de manger plus de viande, de conduire plus de voitures, et de vivre dans de meilleures maisons ; c'est tout à fait légitime. Les pays développés n'ont pas le droit de leur ordonner : « faites ce que nous disons, pas ce que nous avons fait ». Mais si les pays en développement reproduisent nos erreurs dans leur marche vers la prospérité, la planète que nous partageons ne pourra plus tous nous abriter. Il va falloir apprendre à vivre autrement. Alors, nous pourrons leur dire: «Faites ce que nous faisons, pas ce que nous avons fait».

Michael Grunwald, spécialiste de l'environnement du Time

Traduit par Jean-Clément Nau

Image de Une: La centrale nucléaire British Energy de Hunterston en Ecosse    David Moir / Reuters

Publié dans écologie

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