Allègre, debuggage , le petit graphiste

Publié le par evergreenstate

Allègre, debuggage 5, le petit graphiste


http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2010/03/all%C3%A8gre-debuggage-5.html


Couverture livre allegre  Un faux graphique vaut mieux qu'un long mensonge. C'est le nouvel adage de Claude Allègre. En science, le graphique permet de présenter idées, mesures, analyses sous une forme synthétique, efficace, en particulier pour mettre en évidence des corrélations entre phénomènes ou leur évolution dans le temps. Claude Allègre le sait, il en use donc, sans modération. Cette note est le cinquième débuggage du livre de Claude Allègre, voici le premier (mise en jambes), le second (spécial sergent recruteur), le troisième (spécial graphique faux), et le quatrième spécial comique.


Problème : presque tous les graphiques qu'il présente dans son livre sont soit faux, soit de mauvaise foi. Et les autres, bons et vrais, ne font que rappeler des faits connus, comme l'augmentation de la teneur en gaz carbonique de l'atmosphère. Penchons nous sur quelques graphiques de ce livre, une source inépuisable d'hilarité.


Le premier de la liste, page 79, reprend une rubrique de Libération : intox et désintox. A gauche, l'intox, et un grosDOC_03 NON en haut, à droite la désintox, avec un gros OUI. La légende dit «Voici un schéma qui résume les observations. D'un côté, ce que l'on nous affirme comme la vérité, de l'autre la réalité des faits». (Cliquer sur les graphiques directement scannés du livre d'Allègre pour les agrandir.)
Le premier, sous le NON, laisse songeur. Quelle est la période représentée ? Mystère. Il y a juste un «aujourd'hui» à droite du graphe. La température, elle, a la chance d'avoir une échelle, mais uniquement un 0 et un -4. Celui du dessous ne comporte également aucune échelle de temps et met en relation (causale ???) la concentration en CO2 de l'atmosphère et une courbe de température montrant une évolution entre un 0 et un 0,4 d'unité inconnue. D'après Claude Allègre ces deux graphiques sont "ce que l'on nous affirme". D'où sort-il ces infâmes gribouillis ? Mystère. Pour ma part je n'ai jamais vu de telles figures dans les articles scientifiques ou les rapports du Giec.

Bon, soyons super indulgent... et faisons l'hypothèse que le désintox - donc les graphiques made in Allègre censés nous donner la vérité des faits - vont éclairer notre lanterne. En haut à droite, on a enfin une échelle de temps. Le graphique court du dernier interglaciaire, l'Eémien, jusqu'à un aujourd'hui très vague. On peut donc supposer que le graphique correspondant, à gauche, court aussi sur la même période. Notre indulgence n'a pas de limite... Donc, ce que veut dire Claude Allègre (c'est écrit page 78) c'est qu'il a fait 6°C de plus à l'Eémien qu'aujourd'hui. Et avec une teneur en gaz carbonique de 300 ppm, donc, c'est son raisonnement, l'augmentation en cours et future de cette teneur n'aura pas le rôle climatique majeur que les spécialistes lui accordent. Soyons indulgent (encore) et passons sur la vague, très vague, représentation des évolutions climatiques lors de l'ère glaciaire.
Erreur : Claude Allègre confond la température mesurée dans les calottes glaciaires et la températureLSCE EPICA graphique moyenne de la Terre. Jamais les paléoclimatologues qui ont dessiné la courbe dont prétend parler Allègre n'ont confondu les deux. Il vaut mieux car le différentiel de température est beaucoup plus important aux pôles. Si ce graphique de droite disait vrai, il y aurait donc plus d'écart de température moyenne entre le maximum de froid du dernier glaciaire (il y a 20 000 ans) et aujourd'hui qu'entre la situation actuelle et le dernier interglaciaire. Comment soutenir une telle ineptie ? D'autre part, si le graphique de gauche (sous le mot NON) est censé représenter les travaux des paléoclimatologues sur les carottes de glaces de l'Antarctique, alors il est faux : toutes les publications sur ces carottes montrent un Eémien plus chaud qu'aujourd'hui, comme le montre le graphique ci-dessus (ce ne sont pas les températures mais la différence de composition isotopique, mais il suffit pour la démonstration de voir que le pic Eémien est au dessus et non au même niveau que l'holocène) , issu du site du LSCE, le laboratoire de Jean Jouzel (lire ici son portrait).

Le graphique en bas à droite (juste au dessus de Desintox) est proprement  hilarant. Si on le suit, il fait plus froid aujourd'hui en 1860 ! Où donc Allègre est-il allé cherché une telle absurdité ? Est-ce qu'il a tracé ces graphiques sur le coin d'une nappe en papier au resto ?

DOC_02  Voici, à gauche, un graphe tirée de la page 48, que même le pire comploteur réchauffiste n'aurait jamais osé produire. La mise en relation sur courte période de la seule teneur en CO2 de l'atmosphère et l'évolution des températures pour mettre en évidence une suposée relation de cause à effet. Jean Jouzel m'a de nombreuses fois mis en garde contre une telle présentation qui consisterait à juxtaposer sur le même diagramme les deux paramètres, avec la hausse concommittante sur les 50 dernières années, comme si les scientifiques y voyaient une preuve de relation causale. Et j'ai dû plusieurs fois empêcher le service infographie de Libération de le faire tant cela leur semble évident.

Or, là, Allègre prend une période ultra courte - 1998 - janvier ou février 2008 - avec des températures mensuelles. Et s'écrie "vous voyez bien, hausse du CO2, baisse des températures, donc les climatologues se trompent". La mise en scène est honteuse. Claude Allègre sait bien qu'il suffirait de tracer le même graphe sur la période 1950/2009 pour arriver à la conclusion opposée "à l'oeil", avec une courbe de température qui serait remontée au niveau de 1998. D'un autre côté, comme Allègre a déjà été pris la main dans le sac d'une confusion (volontaire ?) entre la température de janvier 2008 et celle d'une année complète, il est logique qu'il persiste dans cette erreur.

Le plus comique, c'est que Claude Allègre, pour fabriquer ce graphique, a probablement été chercher les données de Phil Jones et du Hadley Center, car celles du GISS et de la NOAA montrent une année 2005 égale ou supérieure à 1998. Alors, il faut savoir : pourquoi utiliser les travaux de  Jones dont il souligne «l'incompétence» page 127 ?

Ne laissons pas les internautes sur ces deux graphiques flous et fous... Voici quelques informations fiables. Cliquez pour agrandir cet extrait du résumé pour décideur du rapport de synthèse du Giec pour les températures.

Ar4 Giec resume temp 

Pour ce qui concerne l'Eémien plus chaud, voici ici le pdf de l'article de Louise Sime (Nature et al, 19100000000000019F00000180FE3CB88C  novembre 2009.) Evidemment, c'est un peu plus lourd à digérer que le graphique fait à main levée par Claude Allègre, mais c'est de la vraie science.


Voici à droite le graphique tiré de cette publication qui montre les nouvelles analyses de Louise Sime à partir des données issues des carottes de glace de Vostok, Dome C (Concordia, programme EPICA dirigé par Jean Jouzel) et Dome F. Le plus drôle dans cette affaire c'est que la nouvelle valeur apportée par Louise Sime est fondée sur une correction des conversions de données isotopiques en températures par l'usage... d'un modèle de circulation générale, autrement dit la modélisation du climat sur ordinateur dont Claude Allègre dit pis que pendre et dénie la capacité à fournir des informations fiables sur le climat. Il faudrait savoir : lorsque la simulation du climat lui semble déboucher sur un "argument" en sa faveur, c'est une bonne science... et lorsque c'est le contraire, c'est une mauvaise science. Sur le fond, ce que dit cette nouvelle analyse (voir ici en fin de note pour une explication plus complète), c'est qu'il a pu faire plus chaud que maintenant en Antarctique lors des trois derniers interglaciaires (lesquels ne sont pas totalement équivalents au notre en terme de forçage solaire). La principale leçon de cet article a manifestement échappé à Claude Allègre : le changement climatique futur pourrait bien se traduire par des modifications géographiques en Antarctique plus fortes que celles qui sont anticipé... et en particulier pour la calotte glaciaire.

Graphique Mann Pour ce qui concerne les températures depuis 1500 ans (le graphique délirant juste au dessus de "Desintox"), voici celui tiré de l'article qui fait aujourd'hui référence dans la litterature scientifique, présenté dans cette note. Il s'agit pour l'essentiel de tirer au clair l'extension du Petit âge glaciaire (1400-1700) et de l'Optimum médiéval (950-1250). Le graphique de gauche montre que lors de l'Optimum médiéval l'anomalie chaude n'est pas planétaire.

Pour les climatologues la piste la plus sérieuse pour expliquer le Petit âge glaciaire, du moins sa période autour de 1600-1700) est le "coup de mou" du Soleil qui s'est traduit par une quasi disparition des taches solaires. Voir ici pour plus d'explications.

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