De l’usage de la psychologie contre le changement climatique

Publié le par evergreenstate

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Comment faire en sorte que les citoyens se sentent impliqués dans la lutte contre le changement climatique ? C’est la question récurrente que se posent les écologistes, certains dirigeants et… des psychologues. Hier soir, David Uzzell, professeur de psychologie environnementale à l’université de Surrey, en Angleterre, a ainsi donné une leçon inaugurale conjointe à l’Académie britannique des sciences et l’Académie britannique de psychologie intitulée “Psychologie et changement climatique : solutions collectives à un problème global”. L’objectif : livrer quelques pistes pour mieux comprendre les ressorts psychologiques du comportement environnemental afin de changer profondément et durablement les mentalités.

 

Proximité. Premier constat : le changement climatique reste pour beaucoup une notion vague et abstraite, dont les conséquences sont difficiles à visualiser. La fonte de la banquise ? L’augmentation du niveau des mers ? La multiplications des événements climatiques extrêmes ? Ces effets restent de l’ordre de la théorie pour beaucoup d’entre nous tant que nous ne sommes pas directement concernés. Cette distance, à la fois spatiale et temporelle, qui nous sépare du changement climatique explique aussi en partie notre inaction : nous ne pensons pas (ou ne voulons pas admettre) que notre existence personnelle puisse avoir un réel impact sur un phénomène si global. Ainsi, lorsque les chercheurs interrogent les populations sur les causes qu’elles perçoivent aux problèmes environnementaux, les principales réponses pointent l’inaction des gouvernements, l’activité industrielle ou encore la pauvreté des pays en développement. Nous nous tenons ainsi éloignés de ces causes, comme si tout était déconnecté et que nous n’étions pas, individuellement, l’une des variables de l’équation générale.

Les psychologues proposent alors d’ancrer le changement climatique dans notre quotidien, notre proximité immédiate, et non dans un futur éloigné et hypothétique. “Les gens ne sont pas intéressés par des concepts comme ’sauver la planète’ ou ‘agir pour leurs petits-enfants’. Ils veulent connaître les effets concrets et immédiats sur leur quotidien et savoir en quoi agir en faveur de l’environnement - ce qu’ils considèrent comme un sacrifice - peut leur servir”, explique David Uzzell au Guardian.

Le psychologue insiste également sur l’importance de l’information. Les gens doivent être informés de l’impact du changement climatique sur leur communauté et savoir comment ce changement peut leur apporter un bénéfice. Par exemple, les citoyens tenteront davantage de contrôler leur consommation énergétique s’ils peuvent en voir les résultats - notamment en termes de diminution des coûts - immédiatement et non lors du relevé mensuel de leur fournisseur d’énergie.

Positif. C’est le corollaire du premier précepte. Au lieu de culpabiliser les citoyens sur leurs actions négatives - ce que l’on reproche souvent de faire aux écolos - mieux vaudrait valoriser les conséquences de leurs comportements positifs. “Nous ne devrions pas parler de la façon dont nos existences vont se détériorer en raison du changement climatique mais de quelle façon il pourrait nous aider à vivre plus heureux, en meilleure santé et dans un meilleur environnement”, poursuit David Uzzell. Focaliser sur les aspects positifs, tels que la création d’emplois verts, pourrait ainsi se révéler plus motivant que les actions de blackwashing, c’est-à-dire la tendance à systématiquement insister sur les risques, en les noircissant.

Certains scientifiques préviennent toutefois que cette attitude positive ne doit pas déboucher sur une tendance généralisée à l’optimisme, qui conduirait à penser que la nature se chargera elle-même de régler et résorber tous les problèmes - de la même façon que la main invisible d’Adam Smith régulerait les marchés financiers.

Peur. C’est pourquoi d’autres études montrent, au contraire, que seule une forte peur est susceptible de convaincre les populations de la gravité d’une situation. Encore une fois, la communication et le vocabulaire priment. Dans une étude présentée à l’Association américaine de psychologie en août dernier, des chercheurs du groupe de réflexion Taskforce ont ainsi étudié l’impact des mots utilisés en matière d’environnement. Il en ressort par exemple que le terme “pollution de l’air” suscite davantage de craintes que “changement climatique”, en raison des connotations péjoratives concrètes qu’il induit (en termes de saleté, de mauvaise santé, etc).

Mais là où le bât blesse, c’est que les psychologues admettent qu’un des catalyseurs les plus efficaces pour provoquer un changement de comportement serait une accentuation des effets du changement climatique. “Plus de canicules, des périodes de sécheresse prolongées, plus d’incendies de forêts, plus de restrictions alimentaires et de plus nombreuses disparitions d’espèces seraient impossibles à ignorer. Alors, l’inaction se corrigerait d’elle-même, car la menace deviendrait si grande qu’un comportement dilatoire aboutirait à une issue fatale”, assure la Taskforce.

 

Ces études, si elles ne révolutionnent pas les savoirs en termes de psychologie et de sociologie, rappellent que nous sommes centrés sur nous-mêmes et incapables de nous projeter dans l’avenir. Les messages environnementaux doivent donc être créés et diffusés au regard de ces réalités. Et vous, est-ce que cette réflexion vous parle ? Estimez-vous qu’un changement d’approche psychologique serait bénéfique à la lutte contre le changement climatique ?

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