La France face au changement climatique

Publié le par evergreenstate

Article paru sur Novethic

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La France face au changement climatique


Sorte de rapport Stern pour la France, le troisième rapport de l'ONERC entend chiffrer une partie du coût des impacts climatiques pour l'Hexagone. Et la facture risque d'être élevée – plusieurs milliards d'euros par an - si aucun programme d'adaptation n'est mis en place.

Logements et routes submergés par la montée du niveau de la mer, de l’eau en quantité insuffisante pour subvenir aux besoins de l’industrie, de l’agriculture et des ménages, dégradation de la biodiversité et tensions énergétiques… « La France ne sera pas épargnée par le changement climatique », commente Jean-Louis Borloo à la remise du rapport de l’ONERC (1) début novembre. Doux euphémisme. Car, sans prendre les scénarios les plus pessimistes du Giec, le tableau que dressent les 200 personnes mobilisées pendant deux ans et demi par l’observatoire national paraît bien sombre.

Destiné à préparer, conformément à la loi d’orientation du Grenelle de l’environnement, le plan d’adaptation au changement climatique d’ici à 2011, il chiffre à quelques centaines de millions d’euros, voire plusieurs milliards d’euros annuels le coût de l’impact de ce phénomène pour l’Hexagone. Une estimation finalement en ligne avec le rapport de Nicholas Stern qui chiffrait, déjà en 2006, à 20% du PIB (6000 milliards $ par an) l’impact du changement climatique sur la planète, sachant que les mesures pour les éviter ne coûteraient, elles, qu’1 à 2% du PIB…

Contrairement au rapport Stern pourtant, « le but n’était pas d’obtenir une estimation globale des coûts mais de procéder à une description la plus exhaustive possible ». Une entreprise qui n’a pas été aisée selon les auteurs, qui pointent du doigt le manque de disponibilité des données ainsi que la quasi absence de méthodes d’évaluation. Sans parler de l’incertitude qui pèse encore sur les projections climatiques. Pour cette édition, l’ONERC s’est donc limité à dix thématiques (2) dont nous nous détaillons ici quelques exemples où les études sont les plus abouties.

- La ressource en eau

En se basant sur des besoins constants en eau pour l’industrie, l’agriculture et la demande en eau potable des ménages, l’ONERC prévoit un déficit de 2 milliards de m3 d’eau chaque année à l’horizon 2050. « Tous les secteurs seraient affectés par cette évolution, qui se traduirait par une multiplication des conflits d’usage, une dégradation de la qualité des eaux et par la perturbation des écosystèmes aquatiques ou dépendants de la ressources en eau ».
Le secteur agricole, qui représente 48% de la consommation totale, sera particulièrement affecté : ses besoins en eau augmenteront alors que parallèlement la disponibilité de la ressource baissera et qu’il devra faire face à des contraintes de prélèvement de plus en plus élevées.
L’eau potable consommée par les ménages (18% de la consommation totale) sera également touchée : on peut ainsi s’attendre à un renchérissement du prix de l’eau dû à aux traitements supplémentaires, rendus nécessaire par la dégradation de la qualité de l’eau qui sera notamment plus chargée en nitrates
La production énergétique sera, elle, impactée par deux biais : d’une part, la diminution du rendement de refroidissement en cas d’augmentation combinée de la température de l’air et de la température de l’eau associée à un faible débit et d’autre part par la répercussion des conflits d’usages sur la gestion des ouvrages hydro-électriques.

- Les risques naturels

L’impact des inondations, de la montée du niveau de la mer et des sécheresses (à travers la rétractation des sols argileux) notamment ne devraient pas forcément toucher l’ensemble du territoire mais se limiter à quelques zones à risques.
Concernant l’aléa côtier, la région Languedoc Roussillon apparaît en première ligne : 140 000 logements (contre 15 000 aujourd’hui) et 10 000 établissements employant 26 000 salariés sont situés sur des zones qui seront affectées par la submersion permanente ou l’érosion. Si rien n’est fait, les dégâts pourraient se chiffrer entre 15 et 35 milliards d’euros pour cette seule région.
Par ailleurs, sur l’ensemble du pays, près de 400 000 maisons individuelles sont construites sur des zones à risque concernant le phénomène de rétraction gonflement des sols argileux qui intervient en période de sécheresse. Actuellement évalué à 220 millions d’euros sur la période 1989-003, le coût des dommages pourrait à l’avenir être multiplié par 3 ou 6.
Les dégâts causés par les inondations devraient, eux, être particulièrement importants dans la Meuse et l’Orb.

- La biodiversité

Des signes de modification de la biodiversité sont  déjà observables à tous les niveaux d’organisation et dans tous les milieux. « Les limites entre zones climatiques se déplacent actuellement sur le territoire métropolitain avec le déplacement des espèces qui lui sont inféodées », note le rapport qui anticipe même une « dissociation des communautés d’espèces animales et végétales et leur recomposition ».
Les récifs coralliens subiront des blanchissements de plus en plus fréquents et une baisse de leur capacité de calcification. Or, la valeur des services rendus par ses récifs est estimée à 6,3 milliards de $ par an pour la protection côtière et à 140 millions de $ par an pour l’épuration de l’eau.
Les forêts méditerranéennes qui prendront de plus en plus d’espace –entre 19 et 37% du total forestier contre 9,1% aujourd’hui – entraîneront une perte de productivité en termes de stockage de carbone de 6 à 16%, soit une perte économique comprise entre 304 et 589 millions d’euros.

- La santé

En 2003, 14 800 personnes sont mortes de la canicule et 13 000 autres, âgées de plus de 70 ans, y ont perdu en qualité de vie. Pour l’ONERC, il est difficile d’évaluer le coût de cette période de très forte chaleur mais on estimerait tout de même à un peu plus de 500 millions d’euros la valeur perdue par notre société, dans l’hypothèse d’une perte moyenne d’une année de durée de vie, à laquelle on rajoute, au minimum les 740 000 euros annuels du plan canicule.
Autre exemple ; les inondations du Gard en 2002, qui ont entraîné une surconsommation de psychotropes et d’antidépresseurs dans les communes touchées avec un surcoût de la prise en charge psychologique de l’ordre 245 euros par personne.

- L’agriculture

Le changement climatique pourrait avoir « des impacts modérés pour les grandes cultures mais jusqu’à un certain seuil ». Sur le blé, par exemple, les prévisions tablent sur une augmentation des rendements avec un seuil de productivité atteint seulement en 2050 ou 2100. En revanche, le maïs devrait davantage souffrir avec des rendements en baisse dès 2030 et des pertes pouvant atteindre 113 millions d’euros par an en 2100.
La viticulture ne sera pas non plus épargnée : si les rendements augmenteront en Bourgogne de 35 à 41 % environ, sa qualité devrait toutefois en pâtir. Le Languedoc Roussillon subira des pertes de rendement considérable, de près de 30%.
Certes, « les techniques d’irrigation pourraient changer la donne », estiment les auteurs mais il faut prendre en compte que l’eau sera moins disponible. Il faudra donc plutôt se tourner vers la recherche génétique ou la diversification des cultures.

- L’énergie

Le changement climatique aura des conséquences sur la demande avec une baisse de la consommation énergétique en hiver, mais une hausse des besoins en climatisation pour les logements et les véhicules en été. Résultat ; la tendance d’économie d’énergie est évaluée autour de 3% mais le développement de la climatisation pourrait amputer de moitié ces gains d’énergie. L’Onerc prévoit ainsi des distorsions entre les régions chaudes qui pourraient voir leur consommation annuelle augmenter tandis que les régions froides en auraient moins besoin.
Au niveau de la production d’énergie, on peut s’attendre à une baisse de productible de 15 % pour les centrales hydrauliques tandis que le supplément de climatisation renforcerait les tensions sur la facture d’électricité ; les pics de demande en période très chaude nécessiterait en effet de fournir beaucoup d’électricité au moment où elle est justement la plus difficile à produire et où les émissions de gaz à effet de serre sont les plus importantes. 

(1) Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique
(2) Ressource en eau, risques naturels et assurances, biodiversité, santé, agriculture, forêt, énergie, tourisme, infrastructures de transport, territoires.

Béatrice Héraud          

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