La vague de froid et le réchauffement climatique

Publié le par evergreenstate

Hivers froids en Europe : leçons climatiques
http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2010/11/hivers-froids-en-europe-le%C3%A7ons-climatiques.html

AFP Philippe Huguen froid  La planète se réchauffe et, pourtant, on grelotte de Lille à Perpignan, Brest et Strasbourg. Un problème pour les climatologues ? Que nenni.

C’est même un joli succès pour eux d’être désormais en mesure d’expliquer pourquoi certains hivers sont froids et d’autres chauds en Europe de l’Ouest. Et que celui de 2009-2010, pourtant très rude, fut aussi d’une paradoxale douceur, relativement à ce qu'on aurait dû subir…Tour du thermomètre en six questions.

Pourquoi il fait froid ? Alors que nous vivions un début novembre très doux (19°C en Alsace), de l’air froid «s’est accumulé en Scandinavie», explique Patrick Galois (Météo France). Cette masse d’air s’est écoulée vers le Sud, provoquant une situation très contrastée : 23°C à Sofia, et -18°C au pays de Galles. Un sacré écart.

Actuellement, la situation est exceptionnelle en France : «L’air froid est bloqué au sol, mais il y a du vent d’ouest humide, en altitude, le tout produisant du froid et de la neige.» Prévision : un pic de froid mercredi, accentué par le vent (les températures «ressenties iront jusqu’à -10°C au nord du pays»), puis des températures qui remontent vendredi.

Pourquoi nos hivers sont-ils plus ou moins froids ?

Les quatres régimes Depuis peu, les climatologues ont identifié quatre régimes de circulation atmosphérique expliquant 90% de la variation des températures hivernales. (A gauche, graphique avec les quatre régimes et leurs fréquences depuis 1958, les pourcentages indiquent leur part du total) Ces régimes favorisent soit les vents d’ouest, qui apportent la douceur atlantique, soit les vents du nord et de l’est, qui apportent le froid sibérien et nordique. Christophe Cassou (CNRS, Cerfacs) les détaille : «Il y a d’abord l’Oscillation Nord-Atlantique (NAO). Elle est positive lorsque l’anticyclone des Açores et la dépression sur l’Islande sont forts. Elle est négative lorsque ces phénomènes sont faibles, voire inversés. Troisième régime : le blocage scandinave, marqué par un gros anticyclone sur cette région ; enfin, le dernier : la dorsale atlantique, caractérisé par un anticyclone des Açores se déplaçant au milieu de l’océan.»

Une NAO négative et le blocage scandinave sont causes de froids. Mais, si le premier fait les hivers les plus froids en moyenne, le second provoque les vagues de froid temporaires les plus glaciales. «La NAO positive apporte, elle, des hivers doux. Et la dorsale atlantique du frais», précise Jean-Pierre Ceron (Météo France).

Pourquoi fait-il froid alors que la planète chauffe ? L’Europe de l’Ouest, «c’est une toute petite région du monde», souligne Christophe Cassou. Ainsi, l’hiver 2009-2010 y a été particulièrement froid, LIB-MeteoTemperatureHiver alors que, à l’échelle du globe, il s’agit du trimestre (décembre, janvier et février) le plus chaud depuis plus d’un siècle.

Surtout, la variabilité de l’hiver est supérieure à celle de toutes les autres saisons dans notre région.   Alors que depuis vingt ans les étés, les printemps et les automnes sont systématiquement au-dessus ou très proches de la moyenne climatologique (1971-2000), ce n’est pas le cas des hivers, dont certains sont nettement en dessous. Pourquoi l’hiver dernier a-t-il été si froid ? La question déclenche une drôle de réaction chez le climatologue : «On se demande plutôt pourquoi il n’a pas fait beaucoup plus froid». Car l’hiver 2009-2010 a été marqué par un record absolu depuis 1958, avec 63 jours sur 90 de NAO négative. Une situation extrême, avec régulièrement «une dépression sur les Açores et un anticyclone sur l’Islande

  Christophe Cassou a conduit avec d’autres spécialistes une étude minutieuse ( article de Julien Cattiaux et al., Geophysical Research Letters du 22 octobre 2010) comparant pour chaque jour l’indice Indices de la nao depuis 1949 de la NAO et les températures de 230 stations météo en Europe depuis 1958 (à gauche, indices de la NAO depuis 1949). Bilan ? «Nous aurions dû avoir l’hiver dernier des températures en général beaucoup plus froides, comparables à celles de l’hiver record de froid du XXe siècle, celui de 1962-1963. La différence provient pour l’essentiel de températures nocturnes moins froides l’hiver dernier. C’est là une signature indubitable : seul l’effet de serre intensifié par nos émissions peut la produire, car il fonctionne jour et nuit, alors que l’influence du Soleil ne se fait sentir que le jour.» Cette influence de l’effet de serre intensifié par nos émissions de gaz carbonique a été quantifiée par les climatologues et se trouve en adéquation avec les températures.

En termes d’impacts, c’est là un côté «positif» du changement climatique : la fréquence d’hivers très froids diminue en Europe de l’Ouest.

Est-ce la faute du Soleil ?

Un article scientifique récent (M. Lockwood et al., Environmental research Letters, avril-juin 2010.) propose de chercher dans les coups de mou du Soleil la raison des hivers froids en Europe de l’Ouest. La corrélation entre les deux phénomènes existe sur plusieurs échelles de temps (les auteurs remontent au XVIIe siècle) mais reste limitée. Souvent, elle ne fonctionne pas quand le froid provient d’une NAO négative. En outre, alors que le Soleil est au plus bas depuis 2004, nous avons certes des hivers froids (2009-2010, 2008-2009 et 2005-2006) mais aussi des hivers nettement plus chauds que la moyenne (2007-2008 et 2006-2007).

Cet article a comme co-signataire l'astrophysicien Sami Solanki (Max Planck Gesellschaft). Ce dernier, échaudé par son recrutement forcé dans le camp des climatosceptiques par Claude Allègre dans le livre "l'Imposture climatique"... ainsi que par l'utilisation de son nom par Vincent Courtillot lui attribuant une courbe d'éclairement solaire qu'il n'avait jamais produite (et en 2007, il devait protester contre sa présentation comme un niant l'origine anthrophique du changement climatique, voir son site)... explique probablement que les auteurs ont estimé prudent de préciser dès leur résumé : "We stress that this is a regional and seasonal effect relating to European winters and not a global effect." Phrase reprise dans la section 5 de l'article. On ne sait jamais, d'éventuels bonimenteurs pourraient tenter de faire croire que le phénomène en question est... global. (C'est d'ailleurs déjà fait : c'est l'un des nombreux mensonges que l'on trouve dans le livre d'Hacène Harezki "Climat, mensonges et propagande").

L’hiver 2010-2011 sera-t-il plus froid que la moyenne ?

Météo France nous dit oui… mais le Met Office britannique (l’équivalent de Météo France) affirme l’inverse. Etrange désaccord ? Il provient d’une situation exceptionnelle qui intrigue les climatologues. Le Pacifique tropical vit depuis trois mois une forte Niña - un refroidissement temporaire de ses eaux Anomalies temperatures pacifique sept 17 nov de surface - concentrée sur le milieu de l’océan. A l’inverse, l’Atlantique tropical est très fortement dans le chaud depuis plus de sept mois. (Cliquer sur l'image de droite pour déclencher l'animation des anomalies de températures dans le Pacifique tropical entre le 1er septembre et le 17 novembre). De ces deux informations principales, les modèles numériques utilisés pour la prévision saisonnière tirent une conclusion diamétralement opposée. Sur cinq modèles, trois estiment qu’il va faire plus froid que la moyenne et un seul, celui du Met Office, qu’il va faire plus chaud. Jean-Pierre Céron explique cette divergence :«Celui du Met Office donne plus d’importance à l’influence du Pacifique, et celui de Météo France favorise celle de l’Atlantique». Selon Météo France, l’hiver sera surtout marqué par des «blocages scandinaves et des dorsales atlantiques», des coups de froids violents mais temporaires, interrompus par des périodes fraîches. Qui croire ? Pour le coup, on préférerait que nos amis britanniques aient une meilleure grenouille que Météo France. 

Pour mémoire , l'hiver 1962-1963 fut le plus rude du XXe siècle en Europe de l’Ouest. Pas en raison de tel ou tel record de froid ponctuel - il a été battu par février 1956 en France - mais par ses températures moyennes. Le froid arrivé fin novembre sur l’Hexagone n’est reparti que début mars. Au Bourget, on comptera quarante-quatre jours de forte gelée. Dans le nord de la France, le sol gèle jusqu’à 60 cm de profondeur, la glace fige les rivières, les canaux, les lacs et même certains endroits des fleuves. Villes et campagnes se cachent sous la neige durant plusieurs semaines, une sorte de banquise se forme sur la côte d’Opale. Changement climatique général ? Non, le froid des uns a fait le chaud des autres : durant cette période, il a fait plus chaud que la moyenne en Inde, en Afrique du Nord, en Alaska, en Islande. Ici, plein d'images et de coupures de presses de cet hiver mémorable.



Par Sylvestre Huet, le 30 novembre 2010

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jacques de gerlache 28/12/2010 17:29



Bonjour,


pour votre info et celle de vos lecteurs, le site www.greenfacts.org offre des résumés fiables et vérifiés des grands rapports scientifiques
internationaux en matière d'environnement et de santé. Ils sont écrits dans un langage simple et accessible à tous  en français, espagnol et anglais. vouis y découvrirez le
rapport résumé du GIEC, celui sur les changements climatiques en zone arctique. Dans le blog un sujet traité récemment est celui de la menace de disparition des abbeilles : où en est-on
?.   J'espère que cela peut nourrir les réflexions que vous partagez et que vous ferez connaître ce site qui émane d'une association indépendante supervisée par un comité scientifique
international qui l'est tout autant !


 


Bie amicalement, Jacques de >gerlache