Phosphore : une crise imminente (Pour la Science N°387 - janvier 2009)

Publié le par evergreenstate

synthese
Agronomie

Phosphore : une crise imminente

 


Le phosphore, composant essentiel des engrais, est une ressource non renouvelable. Il doit être utilisé avec parcimonie. Il en va de l'avenir de l'agriculture et de l'alimentation.

David Vaccari

Même si la chimie des végétaux est complexe, les conditions de croissance des plantes cultivées se résument bien souvent à trois nombres : 19, 12 et 5. Ou encore, 19 pour cent d'azote, 12 pour cent de phosphore et 5 pour cent de potassium, proportions inscrites sur les emballages d'engrais. Nous tirons l'azote de l'air (combiné à de l'hydrogène, il donne de l'ammoniac), mais le phosphore et le potassium doivent être extraits du sol. Au xxe siècle, ces trois éléments ont permis à l'agriculture d'accroître sa productivité alors que la population mondiale était multipliée par six.

La planète contient suffisamment de potassium pour des centaines d'années. En revanche, les réserves de phosphore facilement accessibles pourraient être épuisées avant 100 ans. Or il faudra nourrir une population mondiale en expansion.

En outre, comme en témoignent les fluctuations des prix du pétrole, des matières premières et des produits alimentaires, les marchés peuvent se crisper bien avant qu'une ressource ne soit épuisée. Or les réserves de phosphore sont encore moins équitablement réparties que le pétrole (voir l'encadré page 38). Ces déséquilibres font du phosphore une menace géostratégique.

J'ai commencé à m'intéresser au phosphore au milieu des années 1990, lorsque je participais à un programme de la nasa étudiant la croissance des plantes alimentaires dans l'espace. Afin de recycler les éléments nécessaires aux plantes dans l'environnement clos d'un vaisseau spatial, il fallait analyser rigoureusement leurs cycles naturels. Pour aller sur Mars, on devra utiliser de tels dispositifs de production de ressources alimentaires. Notre planète est, elle aussi, un vaisseau spatial : elle recèle une quantité totale non renouvelable de ces éléments...

Lire la suite de cet article


    



 

Jen Christiansen

L'auteur

David Vaccari dirige le Département d'ingénierie civile, environnementale et océanographique à l'Institut de technologie Stevens, dans le New Jersey.

Pour en savoir plus

US Geological Survey http://minerals.usgs.gov/minerals/pubs/commodity/phosphate_rock/, pp. 291-294, 2006.

Réseau de chercheurs sur les phosphates http://www.recherphos.com/

Global Phosphorus Research Initiative http://phosphorusfutures.net/

Commissariat général au développement durable, Le phosphore dans les sols, nécessité agronomique, préoccupation environnementale, juin 2009. http://www.ifen.fr/uploads/media/PointSur14.pdf

G.M. Filippelli, The global phosphorus cycle: past, present, and future, Elements, vol. 4, pp. 89-95, 2008. http://elements.geoscienceworld.org/cgi/content/full/4/2/89

P. J. Cook et al., Phosphate Deposits of the World, 3 vol., Cambridge University Press, 2005 et 2006.

F. Zapata et R.N. Roy, Utilisation des phosphates naturels pour une agriculture durable, FAO, 2004. http://www.fao.org/docrep/007/y5053f/y5053f00.htm#Contents

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans agriculture

Commenter cet article